Le Clafoutis

de Pétronille

1 novembre, 2007

Le bel âge de la maturité

Classé dans : C'est grave docteur ? — Pétronille @ 23:51

puylaurens.jpgC’est en arrivant au cabinet que vous prenez un premier coup de vieux. Vous répondez négligemment à l’assistante médicale que vos coordonnées n’ont pas changé depuis l’année dernière, quand elle vous fait remarquer d’un air pincé que votre dernière visite remonte à plus de trois ans. Vous adoptez un profil bas et filez tête baissée dans la salle d’attente. 

Ce qui n’a pas changé depuis trois ans, par contre, c’est l’attente. Interminable, d’autant plus que vous devez écouter les jérémiades d’une patiente qui doit manifestement vivre une retraite très active pour être pareillement pressée. Tout en l’écoutant distraitement, vous vous interrogez sur l’existence ou non d’un âge limite pour les consultations gynécologiques. C’est vrai quoi, vous aviez toujours imaginé une époque bénie dans un futur lointain où vous seriez enfin dispensée de ce grand moment annuel de petite humiliation. Vous vous rappelez par la même occasion que votre première consultation a eu lieu il y a 23 ans et accusez un second coup de vieux. 

Quand arrive votre tour, l’aïeule vous fixe, visiblement excédée que, n’ayant évidemment rien à faire de votre vie, vous n’ayez pas au moins la décence de lui céder votre place. C’est que tout se perd ma bonne dame, y compris le respect dû aux aînés. Sans remords aucun, vous lui adressez un sourire perfide avant de disparaître dans le mini-vestiaire. Vous enfilez un peignoir forcément trop petit et pénétrez dans la salle d’examen avec l’enthousiasme et la grâce d’un hippopotame en période de sécheresse.

Après les salutations d’usage, vous êtes diplomatiquement sommée d’expliquer pourquoi cela fait plus de trois ans que vous n’avez pas daigné faire de contrôle. Etrangement vous n’éprouvez pas trop de réticences à brosser un rapide tableau de votre palpitante existence. Il est d’ailleurs curieux de constater que vous arrivez à trouver sympathique une femme qui persiste à vous faire remarquer à chaque rencontre que vous avez encore grossi. Voyons, que vous est-il arrivé depuis trois ans ? Pas grand-chose, juste une séparation difficile, un divorce toujours en cours et non moins houleux, deux changements de travail, un décès, un père qui déprime suite à une maladie des yeux, des kilos en plus et une spécialité made in Darwin, rien de grave mais juste de quoi vous sentir dépassée par les événements. Trois années résumées en moins d’une minute. Alors, vous avez des circonstances atténuantes, conclut le médecin le plus sérieusement du monde.

Là vous êtes scotchée, les bras vous en tombent. Ou plutôt, ils tomberaient s’ils n’étaient pas fermement agrippés à la chaise de torture. Jusqu’ici, personne ne vous a jamais trouvé de circonstances atténuantes pour quoi que ce soit, surtout pas votre mère – persuadée qu’être divorcée avec un job à plein temps et deux enfants constitue le rêve de votre vie et que vous n’avez qu’à l’assumer – et encore moins votre ex, pour qui tout, absolument tout, est de votre faute, de la modification des horaires de bus jusqu’au dégel précoce de la banquise en Antarctique. 

Vous sortez de là toute revigorée. Finalement, vous reviendrez avant l’année prochaine, et au diable les psys. 

 P.S. Ne cherchez pas : la photo n’a absolument rien à voir avec le sujet. Ou peut-être que si.

26 septembre, 2007

Toubibs, mode d’emploi

Classé dans : C'est grave docteur ? — Pétronille @ 20:35

Vous avez un sentiment tout particulier pour les toubibs. Attention, vous ne songez pas au pédiatre compatissant, celui qui écoute d’une oreille bienveillante, quoique vaguement condescendante, vos interrogations existentielles sur la fréquence du rot de votre bout de chou de 2 mois et demi, ni du modèle familial qui vous connaît depuis vos genoux écorchés et suit tant bien que mal vos pérégrinations morales et physiques depuis trois décennies. Non, vous voulez parler de l’espèce à sous-type pressé que l’on rencontre essentiellement dans un lieu fort fréquenté : les urgences (pédiatriques ou non).

Car il est bien connu que tout problème de santé non gravissime mais qui nécessite tout de même une intervention médicale sans délai se produit soit le soir, soit le week-end, selon l’éternel principe de la tartine de confiture (oui vous savez que ça porte un autre nom dont vous ne vous rappelez pas, mais vous voyez tous de quoi il s’agit). Et là, vous allez forcément rencontrer ces petits hommes verts – pardon, blancs – qui, disons-le tout net, n’ont absolument rien de commun ni avec Georges, trois fois hélas, ni avec une quelconque série tv. 

Le médecin de service d’urgences, il faut le savoir, est légitimement fier de ses années d’études et déteste donc avoir l’impression qu’on fait son boulot à sa place. Il faut le comprendre aussi, il s’est farci huit à dix ans d’études à coups de tonnes de polycopiés à apprendre par cœur, a passé des tas d’examens à QCM subtils sur la biochimie, les os du pied, les types de cellules du foie, la structure moléculaire du tissu adipeux, le nombre de médicaments inscrits au compendium et toutes ces sortes de choses. Quand vous arrivez devant lui, il faut donc à tout prix éviter de lui donner l’impression que sa connaissance approfondie de la physiologie de l’oligodendrocyte à microtubule cytoplasmique ne va pas s’avérer d’une utilité capitale pour, disons, soigner votre cheville foulée. Il en va de sa dignité et de son honneur, et de la pertinence du diagnostic qu’il va poser. 

Si vous y aviez déjà pensé tout seuls, bravo. Il vous  fallu à vous, pauvre cloche, des années pour réaliser cette simple évidence et éviter de vous retrouver dans cette situation ubuesque : 

Vous, fiévreuse et grelottante, après 3h d’attente aux urgences avec votre brioche ventrale de 7 mois : « Bonjour, je viens parce que je crois que j’ai une crise de malaria qui revient et je m’inquiète pour les conséquences sur le bébé…  quels médicaments puis-je prendre pendant la grossesse ? » 

Le médecin, après un examen minutieux d’environ 45 secondes, annonce d’un ton péremptoire :  « Madame, vous avez la grippe. » 

Vous, dubitative : « Euh non, je ne crois pas non, je veux dire, j’ai déjà eu la malaria et… » 

Le toubib, exaspéré: « Si si, vous n’y connaissez rien, je vous dis que vous avez la grippe. D’ailleurs, vous ne pouvez pas avoir la malaria, c’est pas possible. » 

Ah. C’est vrai qu’étant en plein juillet sans l’ombre d’une épidémie de grippe alentour, que vous venez de passer quatre ans dans des pays à paludisme endémique et avez traversé deux malarias à forme récurrente, le risque de paludisme peut sans souci être écarté. Ouf, merci la médecine. 

Comme vous êtes tout de même d’un naturel un peu obtus, vous insistez lourdement pour qu’on fasse une goutte épaisse, histoire qu’on soit bien sûr que ce n’est pas ça. Et c’est là que vous apprenez avec consternation que « ce n’est pas possible, c’est un examen beaucoup trop complexe pour être pratiqué comme ça sur demande ». 

Etes-vous bête. Un examen pratiqué couramment dans à peu près n’importe quel dispensaire de brousse sous-équipé en Afrique relève sûrement d’une technologie de pointe trop compliquée et trop coûteuse pour être galvaudée par une andouille qui ne veut pas admettre qu’elle a simplement la grippe. 

Après insistance et intervention du chef de service qui vous dévisage comme vous étiez la dernière des folles à ne surtout pas contrarier, vous obtenez tout de même l’insigne privilège de faire cet examen réservé à l’élite, qui s’avère – ô surprise – positif. Puis restez plantée là avec votre diagnostic dans les mains et pas l’ombre d’une indication quant à ce que vous pouvez bien prendre ou non étant donné votre état baleinesque. Finalement vous rentrez chez vous avaler deux paracétamol, ce que vous auriez tout aussi bien pu faire sans vous coltiner une demi-journée d’attente et un discours kafkaïen. Vos passages aux urgences sont décidément des puits de connaissance, vous en ressortez plus intelligente à chaque fois. 

15 septembre, 2007

Vive les urgences

Classé dans : C'est grave docteur ? — Pétronille @ 21:00

Ce dimanche soir de printemps, Monette a la brillante idée de sauter du lit superposé et de se faire mal au pied. En mère indigne que vous êtes, vous l’envoyez au lit avec un bisou et l’assurance que « ça ira mieux demain », mais  la chair de votre chair se réveille à 23h en hurlant de douleur. 

Confiant Darwin à votre mère, vous foncez dare-dare aux urgences pédiatriques et je vous passe les détails d’attente interminable, de toubib peu décidé (le genre qui vous demande « vous êtes sûre qu’elle a mal, madame ? » «Non docteur, je pense qu’elle simule pour le plaisir de venir visiter l’hôpital en pleine nuit ») et de service de radiologie débordé. Vous vous retrouvez donc sur le coup des 3h du matin dans la salle des plâtres, avec une Monette au pied fissuré fort peu coopérative et un jeune interne pétri de bonne volonté mais qui doit probablement effectuer sa seconde, voire sa première, garde de nuit (les toubibs- plâtriers dormant la nuit, eux). Quoi qu’il en soit, ce toubib qui ressemble plus au héros de « maman j’ai raté l’avion » qu’à Robert de Niro n’a de toute évidence pas plus l’habitude que vous de plâtrer quoi que ce soit (encore que vous, vous sachiez reboucher les trous dans les murs).

On commence donc par poser une bande toute simple, jusque là pas de problème. Puis il faut ajouter des bandelettes de papier, ce qui s’avère moins facile lorsque Monette décide qu’elle est restée immobile assez longtemps, mais ça reste gérable. Vient ensuite le maître d’oeuvre, qui consiste à mouiller des bandes de plâtre pour les fixer ensuite autour de la jambe et du pied afin qu’en se solidifiant elles forment une attelle plâtrée. Et c’est là que les choses se corsent. Monette en a décidément marre, gesticule dans tous les sens, même à deux il est difficile de lui maintenir le pied dans une position qui, de plus, lui fait apparemment mal. Le plâtre est mal posé, il faut tout défaire et recommencer, sauf que le toubib ne retrouve pas l’instrument adéquat pour le couper, le ciseau n’est pas assez puissant, et vous vous retrouvez à asperger le plâtre d’eau chaude en espérant le dissoudre, ambiance garantie.  Puis re-belote, bandage, papier, bandes de plâtre, angoisse soudaine du toubib qui craint d’avoir bandé le mauvais pied. L’exploit terminé, vous vous sentez presque en communion avec le toubib, avec lequel vous venez de remporter au moins l’équivalent d’un triathlon, et Monette a le droit de choisir un joli bandage de couleur – rose, évidemment – pour entourer l’attelle. La salle ressemble à une pataugeoire après une sortie de jardin d’enfants, flaques de plâtre en sus, le sol tellement glissant qu’un peu plus on remettait ça pour votre jambe à vous. Exténué, le cheveu défait et du plâtre jusqu’au nez, le toubib file dans une salle attenante sous prétexte de trouver un sabot de marche à fixer sous l’attelle. Vous n’osez pas imaginer de quoi vous avez l’air, après tout, lui au moins est habillé de blanc. 

Après un moment qui vous paraît extrêmement long, vous décidez d’abandonner Monette sur sa couchette – maintenant qu’elle est plâtrée et un peu calmée  il ne peut plus lui arriver grand-chose – et d’aller voir ce qui se passe. Vous découvrez le toubib dans la remise, fort perplexe, contemplant dans une main un sabot qui conviendrait sans doute à votre voisin de 1m95 et dans l’autre un mignon petit truc de toute évidence destiné à la poupée de votre fille. Saisissant immédiatement l’angoisse de la situation (oui, même passé 3h du matin, votre cerveau fonctionne s’il perçoit que cela l’aidera à regagner plus vite son lit), vous suggérez de jeter un oeil dans les grosso modo 50 cartons qui sont empilés là. Après quelques minutes de fouille frénétique, vous finissez par dénicher quelque chose qui semble adapté à la taille du peton de Monette. Vous retournez auprès de votre progéniture esseulée pour découvrir qu’elle a profité de ce temps de répit pour dérouler entièrement quelques bandages de couleur supplémentaires sur le sol, qui trempent allégrement dans un délicieux mélange plâtre-et-eau, tandis que le médecin réapparaît en brandissant victorieusement le sabot tant convoité.

Et là, étant donné le niveau conjugué d’excitation et de fatigue de votre fille, le voyant « alerte rouge » sur votre quota de patience et l’état nerveux général du médecin – sur lequel vous aimeriez éviter de pratiquer une réanimation d’urgence, tout croquignolet soit-il  - vous choisissez héroïquement d’ignorer le fait qu’il s’agit d’un sabot pour pied gauche alors que vous venez juste de poser – deux fois – un plâtre au pied droit. Après tout, ils sont plats tous les deux, c’est juste la lanière qui se ferme de l’autre côté.

D’ailleurs, vous avez bien fait, parce que le plâtre s’est cassé tout seul après 10 jours, ce qui vous a évité une autre aventure rocambolesque au pays des blouses blanches.

 

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