Le Clafoutis

de Pétronille

7 mars, 2008

M comme MLF

Classé dans : Paroles de schtroumpfs — Pétronille @ 20:16

quiportelaculotte.jpg« Atteeeeeeends », hurle Monette au moment de quitter les activités périscolaires, « faut que je dise au revoir à Cédric ! »

« C’est qui Cédric », la taquinez-vous, « ton amoureux ? » 

« Mais noooon t’es bête », rétorque Monette, « mon amoureux c’est M. Même qu’on se fait des bisous sur la bouche. »

Vous êtes ravie de le savoir et n’osez imaginer ce qui vous attend dans dix ans (là tout de suite, vous vous sentez d’immenses affinités avec ce charmant volatile qu’est l’autruche).

Monette enchaîne d’un air satisfait :  » et quand on sera grands, on va se marier et on aura deux enfants, Sarah et Thomas. Parce que c’est moi qui décide. » 

Charmante petite. Malgré ses presque trois ans de plus, le pauvre M n’a plus qu’à filer droit.

3 mars, 2008

Résistance

Classé dans : Paroles de schtroumpfs — Pétronille @ 21:01

bacteria.jpg« Moi », déclare Monette à tout trac à la gérante du bistrot, « j’ai des petits calamars roses qui me nettoient la peau ». 

« Ah euh…oui… c’est bien » répond l’interlocutrice visiblement estomaquée en vous lançant un coup d’œil suspicieux avant de s’éloigner. 

Hum. Vous aimeriez bien comprendre, vous aussi. C’est vrai qu’en cette fin de journée vos neurones sont quelques peu affaiblis, et même le café rituel en attendant que Darwin termine ses exploits martiaux ne parvient pas à les revigorer. Il vous semblait pourtant avoir formellement interdit tout animal domestiqué ou non à l’intérieur de vos quatre murs. Qu’est-ce qu’un calamar vient faire dans cette galère ? 

Quelques élucubrations plus tard, vous réalisez que mademoiselle s’est intéressée de très près aux livres de son frère, et notamment à celui sur les microbes, bactéries et autres acariens. D’où un refus catégorique de se laver les mains, de peur d’éradiquer la colonie des seules bestioles dont vous ne pouvez (hélas) pas bannir l’existence. Vous expliquez patiemment que l’eau et le savon ne permettent pas d’éliminer toutes les bactéries et que sa peau en comportera toujours quelques-unes, dont certaines effectivement bénéfiques (enfin, non pathogènes tout au moins). 

Monette contemple ses menottes tachées avec ravissement. Ouf, vous avez évité le drame. Les calamars de la main droite s’appellent donc Iris, et ceux de la gauche, Frankie. Qu’on se le dise. 

4 février, 2008

Le feu de la question

Classé dans : Paroles de schtroumpfs — Pétronille @ 22:26

montsegur2.jpgLe doux bercement de la voiture, disiez-vous donc récemment, provoque apparemment chez votre progéniture une agitation des méninges qui les conduit à vous poser les questions les plus étranges au moment où, par définition, vous n’avez absolument rien d’autre à faire avec votre demi-neurone à moitié grillé par une journée de travail abrutissant. 

Le thème du jour, ce sont les Cathares. Connus de vos schtroumpfs parce que vous avez eu l’audace de passer deux fois des vacances dans la région et avez ainsi eu l’insigne honneur de gravir la plupart des châteaux (enfin, ce qu’il en reste), eux en courant comme des chèvres, vous en transpirant hors d’haleine derrière. 

Question de Monette donc, qui ne se souvient plus très bien si les Parfaits ont été brûlés dans l’enceinte de Montségur ou à l’extérieur. Dans le champ, en fait, ça lui revient. S’ensuit un tir nourri : mais les soldats du pape, c’étaient de vrais soldats ? avec des armes ? Comment savait-on qui était un soldat du roi ou un soldat du Pape ? Etaient-ils ligotés avant d’être jetés dans le feu ? Ou bien les soldats les poussaient-ils ?

Là, vous hésitez franchement avant d’expliquer à votre puce que ces convaincus s’étaient apparemment livrés eux-mêmes aux flammes. Surgit la question fatidique, à laquelle vous êtes bien en peine de répondre sur-le-champ, surtout en train de négocier un carrefour totalement bouché en espérant arriver à l’heure pour récupérer Darwin à son cours de judo. 

« Avec quoi ils ont mis le feu au bûcher ? » 

(Ha ha, trop facile celle-là, non mais, tu me la fais pas à moi hein, avec une torche bien sûr. Et toc.) 

« Mais comment ils ont allumé la torche ? Ca existait déjà, les allumettes ? » 

Ah. Euh… vous ne savez pas trop ni à qui ni à quelle époque on doit cette belle invention, mais vous supputez que le XIIIe siècle, c’est un brin trop tôt. Ah ça y est, réponse logique : ils gardaient sûrement des feux allumés tout le temps, au cas où. Ouf. 

Emerveillement de Monette : « tu veux dire que depuis les hommes préhistoriques, y’avait tout le temps un feu allumé ? » 

Voui voui, ça doit être ça, enfin, peut-être qu’il y avait d’autres techniques, va savoir (punaise, on n’est pas bientôt arrivées, oui ?) Ah si, tiens : la loupe. Il se servaient peut-être du soleil et d’une loupe. 

« Ah ? mais ils ont brûlé en été alors, quand y’avait beaucoup de soleil ?  » (non, en mars, et semble-t-il le soir. Carrramba, encore raté. Allez le camion, démarre, on est en retard). 

Monette abandonne temporairement ce sujet brûlant et vous vous imaginez déjà tirée d’affaire, mais alors que vous foncez droit sur la dernière place de stationnement libre, elle rebondit : 

« Et les cendres, elles sont enterrées où ? » 

Bref, si quelqu’un connaît les techniques de production et de conservation du feu au Moyen-Age, vous brûlez de les entendre.

28 janvier, 2008

Superwoman

Classé dans : Paroles de schtroumpfs — Pétronille @ 20:45

manyarms.jpgQu’est-ce que tu veux faire, quand tu seras grande ? 

Petite, la question avait le don de vous donner de l’urticaire. Mais fifille se révèle nettement plus futée que vous, et d’une voix tranquille, elle répond très sérieusement à l’inquisiteur : 

« Masseuse des pieds, prof d’équitation, paléontologue, maîtresse de dessin, remplaçante dans les écoles et les crèches, et scientifique qui apprend aux enfants comment observer les animaux dans la nature ». 

Pause, puis : 

« Et le dimanche, je me repose. » 

Et vous donc. Vous êtes épuisée rien qu’à l’écouter. 

8 janvier, 2008

Flush royal

Classé dans : Paroles de schtroumpfs — Pétronille @ 20:26

potdechambre.jpg- « Maman, pourquoi elle était aux toilettes, Marie ? » 

- « ?!? Quelle Marie ? Quelles toilettes ? » 

Vous avez beau réfléchir, vous ne voyez pas qui est Marie. Encore moins une Marie dont vous auriez fait connaissance dans des lieux d’aisance. Vous tentez de démêler la nébuleuse et commencez par demander dans quelles toilettes se trouvait Marie, espérant découvrir ainsi un indice précieux. 

- « Mais j’en sais rien », s’énerve Monette, « j’y étais pas, moi ! » 

Voilà qui est somme toute rassurant, mais vous êtes toujours dans le noir complet. 

- « De quelle Marie s’agit-il ma puce ? Une copine d’école ? Du centre aéré peut-être ? Ou de la danse ? » 

- « Mais tu comprends rien », tempête Monette (ce en quoi elle n’a pas tout à fait tort. Vous êtes effectivement totalement larguée) « Marie-aux-toilettes, la femme du roi à qui on a coupé la tête. » 

Ah oui, cette Marie-là… L’Histoire de France a n’a pas fini de vous étonner. 

1 janvier, 2008

Et si on se disait…

Classé dans : Paroles de schtroumpfs — Pétronille @ 19:54

happynewyear.jpg… tout ce qu’on se souhaite pour que 2008 soit une année merveilleusement exceptionnelle ?

Les voeux fusent de toutes parts dans la voiture qui vous emmène, vos schtroumpfs et vous, au réveillon chez des amis.

« Moi », dit Monette très sérieusement, « je souhaite que tu me lises plus de livres, manger des spaghettis bolognaise, prendre le télésiège et devenir adulte tout de suite. »

Comme dans les contes, les trois premiers voeux seront facilement exaucés. Quant au dernier… la pauvre, si elle savait…

Belle et heureuse année à tous :)

29 décembre, 2007

Bonne nuit les petits

Classé dans : Paroles de schtroumpfs,Tout et rien — Pétronille @ 21:09

bonnenuitlespetits.jpgOccuper deux fauves déchaînés en période de vacances scolaires requiert une inventivité de tous les instants. Vous entendez déjà les bien-pensants vous tenir des discours moralisateurs sur la nécessité des chers petits d’apprendre à s’ennuyer et à se distraire seuls. Il s’agit généralement soit de personnes sans progéniture, et dont la connaissance réelle du sujet n’a d’égale que votre expertise sur la culture du concombre marin à Sumatra, soit d’heureux géniteurs pourvus d’enfants modèles – le genre auquel vous dites « non » une seule fois d’une voix calme mais ferme et qui suivent la consigne pour les 18 prochaines années. Vous ne savez pas où on fabrique ce modèle mais vous n’en avez de toute évidence pas trouvé en magasin – donc n’ayant aucune idée de ce que peut être le quotidien avec deux piles électriques chargées à bloc à deux doigts de l’auto-combustion et en perpétuelle demande d’informations les plus saugrenues du réveil au coucher.

Outre les deux jours de festivités familiales, vous avez donc organisé une expédition shopping-et-décos-de-Noël en ville, une sortie patinoire avec un copain, une visite de musée sur le thème de l’électricité, une tournée pour aller choisir les derniers accessoires nécessaires pour le ski (premières soldes obligent) suivie d’un inévitable MacDo, une longue ballade en forêt suivie d’un goûter chez des amis, un après-midi bricolage avec les cousins, une journée de ski. Histoire de vous poser deux minutes, vous suggérez une soirée télé en prélude à une grasse matinée, blottis sur le canapé sous la couette, avec un bol de popcorn et un verre de lait (pas de cuisine, aaaaaaaaaaaaaaaaah). Ce qui vous vaut d’âpres discussions sur le choix du film.

Darwin tient à « La nuit au musée », distrayant bien qu’assez bruyant, ou alors « Spiderman » ou « KingKong » (hors de question), provoquant les hurlements de Monette qui se dit effrayée par ces histoires de monstres. Mais vous soupçonnez qu’il ne s’agit que d’une ruse toute féminine pour obtenir ce qu’elle veut. En effet, loin de réclamer « Barbie lac des cygnes » ou « La petite sirène », ou n’importe quel autre film rose et romantique, et manifestement frustrée de ne pas avoir pu regarder les aventures du célèbre petit sorcier à la cicatrice avec son frère*, Monette réclame avec insistance « Harry Potter et les 40 géants ».

A l’impossible nul n’est tenu, vous avez finalement englouti les popcorn devant une émission de variétés larmoyante à souhait sur laquelle vous avez failli vous endormir.

*en mère indigne, vous avez en effet exigé qu’ils lisent le livre avant de visionner le film, ce qui explique cette discrimination criante

14 décembre, 2007

La reproduction des espèces

Classé dans : Paroles de schtroumpfs — Pétronille @ 10:02

coccinelles.bmpVous les connaissez sûrement. Ces petits moments de gêne, quand votre chérubin d’habitude siiiiiiiii bien élevé s’oublie et  - au choix – s’essuie le nez sur la manche du voisin, s’exclame « elle est mal élevée la dame, hein maman » ou demande à haute et intelligible voix pourquoi le monsieur assis à côté de lui dans le bus ne sent pas bon. Démonstration en deux temps.

La première scène se passe au printemps dernier. Vous marchez dans la rue avec Darwin, afin d’aller chercher Monette qui, à cette époque, fréquente encore la crèche. Dialogue :

« Tu sais maman, elle est trop bête Monette, elle croit encore qu’on peut avoir un bébé en se faisant des bisous sur la bouche ».

« Ah», répondez-vous vaguement, songeant qu’à 4 ans tout frais, cette version ne vous semble pas particulièrement tirée par les cheveux. 

« Mais t’en fais, pas », ajoute Darwin sur un ton rassurant, « moi, je lui ai tout bien expliqué ». 

« C’est bien », répondez–vous distraitement, absorbée dans la contemplation de la vitrine d’une boutique de vêtements, jusqu’à ce qu’un petit neurone au fond à droite sonne l’alerte :  « euh… tu lui as expliqué quoi, au juste ??? » 

Darwin, haut et fort, bombant fièrement le torse du haut de ses six ans et demi : 

« ben, comment le monsieur met son zizi dans celui de la dame et c’est comme ça qu’il lui passe les graines qui vont faire pousser le bébé dans le ventre, et quand le bébé est mûr, s’il n’arrive pas à sortir tout seul on ouvre le ventre de la dame avec un couteau et même que ça s’appelle une césarine. C’est juste, hein maman? » 

Darwin quête votre approbation sous l’oeil narquois du boucher sur son pas de porte qui, en 4 ans de crèche et deux aller-retours quotidiens, en a entendu d’autres (vous vous rappelez notamment deux conversations particulièrement mémorables sur pourquoi les homosexuels ne peuvent pas avoir d’enfants et sur les origines de la guerre du Liban). 

Acte 2. Il y a quelque temps, dans un centre commercial (un autre, vous aimez vous faire connaître un peu partout). Cohue de fin de journée, vous êtes dans la file d’attente pour payer vos achats, quand Darwin joue les Archimède et s’écrie soudainement « j’ai compris, maman ! » 

C’est là que votre curiosité vous pousse à commettre une erreur fatale : 

« Qu’est-ce que tu as compris, mon chéri ? » (pourquoi vous avez refusé d’acheter de la glace pour le dessert ? pourquoi vous lui avez interdit de sortir en tongs par -2°C ? comment réussir une mayonnaise ? le calcul différentiel ?) 

Darwin, triomphant . « j’ai compris pourquoi le zizi des hommes devient tout dur, c’est parce que s’il reste mou, il ne peut pas entrer dans celui de la dame pour faire des bébés ». 

Aïe. Une nuée, que dis-je une légion entière d’anges, passe. Qu’aviez-vous, aussi, à bêtement poser la question ? 

Vous vous sentez piquer un fard, tentez de garder la tête haute sous les regards allant de choqués à franchement rigolards, et vous acquittez de vos courses d’un air que vous voulez dégagé, style moi-mère-libérée-j’ai-fait-le-pari-d’une-éducation-sans-tabous-et-je-l’assume, pas tout-à-fait aussi crédible que vous l’auriez souhaité. Puis vous filez ventre-à-terre voir s’il a aussi compris le sens du mot discrétion, que vous vous faites fort de lui inculquer en un temps record. 

Finalement, l’époque victorienne avait du bon. 

11 décembre, 2007

Qui a peur du grand méchant loup ?

Classé dans : Bêtises et autres schtroumpferies,Paroles de schtroumpfs — Pétronille @ 15:18

perenoel6.bmpDécembre est chez vous un mois d’âpres discussions et d’intenses négociations. Un mois dédié à l’opposition des volontés, bien loin du message de paix voulu par la tradition chrétienne. Si d’aucuns savent se montrer sages au moins in extremis, ce ne sont en tous cas pas les vôtres, rebelles à toute forme de chantage aux cadeaux. Et manque de chance, vous avez engendré deux experts en argumentation et débusquage des contradictions. 

Votre surnom du mois a donc été voté à l’unanimité (moins une voix, la vôtre) : « méchante maman ». Effectivement, qu’attendent donc les services sociaux pour intervenir, je vous le demande, face à cette mère indigne qui ose refuser un festin de chocolat à 21h, se fâche quand Monette crayonne les murs, punit quand Darwin est insolent ou force ces pauvres agneaux à ranger le capharnaüm de leur placard sous l’escalier chambre. A croire que le sadisme constitue votre seconde nature. 

Pour couronner le tout, voilà deux jours que vous enfermez ces enfants martyrs à la maison, sans contact aucun avec le monde extérieur. Hier, vous avez passé une journée somme toute plutôt reposante, puisque vous avez littéralement drogué ces innocents chérubins qui, sonnés par le paracétamol, sont allés cuver leurs 40° de température avec une bonne sieste tout l’après-midi. Aaaaaaaaaaaaaaah. Mais aujourd’hui, c’est plus sportif : la fièvre marque un léger recul et les velléités d’évasion des prisonniers s’accentuent. Vos deux syndicalistes réclament donc de pouvoir défiler ce soir, lors du cortège déguisé, sous la pluie, armés de flambeaux. Ce qu’en infirmière-chef accomplie vous avez évidemment refusé au nom du sacro-saint thermomètre, qui s’obstine à n’afficher qu’une baisse d’un tout petit degré. Méchant thermomètre. Méchante maman. 

Certains craindraient, en dépassant la dose permise, une sanction du Père Noël ; pas les vôtres. Il y a quelques semaines, vous avez négocié de main experte la demande de chaussures à roulettes réclamées à grands cris et dont vous avez convenu, lors d’un entretien secret, personnel et exclusif avec les elfes du Père Noël, qu’elles seraient déposées dans les petits souliers à condition de se comporter convenablement. Après deux semaines de valse endiablée des polochons, batailles de poupées et autres tarzaneries heureusement sans dommages physiques, le soir après l’heure du coucher, de désobéissance civile répétée et de répliques insolentes à tout bout de champ, les forces de l’ordre ont sévi : pas de chaussures à roulettes cette année. Punition qui ne semble hélas avoir eu aucun effet sur vos schtroumpfs à ressort, qui arguent avec un certain à-propos que si certains petits camarades – que vous vous êtes une fois ou l’autre laissée allée à qualifier de « petit mal élevé » – qui accumulent les bêtises toute l’année, ont droit à des cadeaux, y’a pas de raison que le vieil homme à barbe blanche fasse l’impasse sur leurs chaussettes. Ou c’est que le système est pourri jusqu’à l’os. 

Monette résume le fond de sa pensée : « c’est quand les enfants ne croient plus au Père Noël que les parents sont obligés de faire des cadeaux pour le remplacer. Mais tant qu’on y croit, c’est lui qui les dépose au pied du sapin. Et moi j’y crois, donc, c’est pas toi (Maman, ndlr) qui décide ». 

Comme c’est pratique. Verdict dans exactement 14 jours

9 décembre, 2007

Holiday on ice

Classé dans : Paroles de schtroumpfs,Tout et rien — Pétronille @ 19:40

mim.bmpVous êtes une mutante. Surtout n’ébruitez pas la chose, fruit d’une récente prise de conscience. Vous saviez déjà avoir été dotée de dix orteils boudinés supplémentaires au lieu des doigts gracieux et agiles qui font les belles mains, mais il vous restait à découvrir que, manque de chance, vous aviez également reçu deux pieds gauches. 

Pour parvenir à cette vérité, il vous a fallu emprunter des chemins tortueux, vous conduisant bien malgré vous sur une piste de curling à l’occasion de la soirée de bureau. Déjà à l’arrivée, vous êtes perplexe et ne savez pas sur quel pied glisser. Oui, parce que dans ce sport barbare, inventé par les Ecossais – vous n’osez pas imaginer ce que ça doit donner de jouer en kilt – on porte des chaussures qu’avec un pied on glisse, un pied on glisse pas. Vous optez logiquement pour des chaussures de droitière et c’est trop tard que vous vous rendez compte que somme toute, vous auriez été plus à l’aise sur l’autre pied. Enfin, peut-être (comme de toute façon vous n’allez pas remettre ça, vous ne le saurez jamais). Une traversée de piste plus tard, vous tenez plus ou moins en équilibre et tout de madame Mim, votre balai à la main, quand on vous annonce qu’en plus, il va falloir lancer une pierre de 20 kg. Vous tentez bien d’argumenter que vous, les 20 kg, vous les portez déjà sur vous et qu’il serait injuste de vous les ajouter, c’est peine perdue. Bravement, vous tentez de suivre les instructions du moniteur. 

Relevez les fesses, qu’il vous dit, alors que vous êtes à moitié vautrée sur la glace, le balai sous un bras, prête à expédier la pierre à l’autre bout de la piste avec la rage d’une paresseuse qu’on force à faire du sport. Docile, vous obtempérez, poussez sur votre pied-qui-glisse-pas et vous affalez sur la glace avec toute la grâce d’un éléphant de mer dérapant sur la banquise. 

Une demi-douzaine de chutes plus tard, vous arrivez à lancer la pierre à peu près correctement, quand on vous indique que fini les glissades, maintenant c’est séquence nettoyage. Comprenez : le collègue lance, et vous, avec votre mignon petit balai, vous frottez telle une démente pour faire avancer la pierre plus vite. Vous risquez un coup d’œil autour de vous, histoire de copier les mouvements de ces joueurs d’âge mûr qui balaient comme si leur vie en dépendait alors que vous êtes à peu près certaine que chez eux ils ne savent même pas où est rangé l’aspirateur. Vous vous exécutez avec un enthousiasme relatif, songeant que vous pourriez exercer les mêmes mouvements chez vous avec un résultat plus efficace, et sans risque de repartir avec une bronco-pneumonie ou une jambe plâtrée. 

C’est après la huitième chute, une merveille de grand écart que vous n’aviez jamais réussi auparavant, même au cours de gym quand vous aviez six ans, que vous déposez les armes, votre main gauche contusionnée refusant de tenir quoi que ce soit.

Plus tard, de retour chez vous après un repas épique où votre voisin a dû couper votre viande pour cause de handicap profond, Darwin entr’ouvre une paupière : 

« T’as gagné, maman ? » demande votre schtroumpf tout ensommeillé. 

« Non mon chéri, maman a glissé et est tombée, alors elle n’a pas gagné, mais l’important, c’est de s’amuser, n’est-ce pas ? » 

Complètement imperméable à ce genre de chute morale en cette heure tardive, Darwin exige de connaître le nom du gagnant. 

« C’est mon collègue et son équipe », expliquez-vous. 

« Ah », rétorque Darwin satisfait avant de replonger dans le sommeil. « Je savais bien que tu ne pouvais pas gagner, alors de toute façon, j’étais pour lui. » 

De tels encouragements vous vont droit au cœur. Vous contemplez vos genoux violacés et votre index gauche qui a triplé de volume, et songez que l’année prochaine, si c’est pas soirée théâtre, tarot ou peinture sur soie, ce sera sans vous. 

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