Le Clafoutis

de Pétronille

3 décembre, 2008

Parcours initiatique

Classé dans : Et en plus, elle râle — Pétronille @ 20:55

becassine.bmpCes derniers mois vous n’étiez pas simplement absente. Non, vous étiez en voyage initiatique, en apprentissage intérieur, en retraite spirituelle. Vous avez été touchée par la grâce des enseignements profonds qu’il vous a été donné de recevoir, et dans votre grande mansuétude, vous ne résistez pas au plaisir de les partager.

Vous avez donc découvert quelques vérités méconnues sur les méthodes pédagogiques en vigueur dans l’enseignement. Fort heureusement, on s’est chargé de vous ouvrir les yeux. Car vous n’auriez jamais réalisé toute seule, par exemple, que le rôle d’une enseignante, ce n’est pas de répéter les consignes. Parfaitement. Les consignes sont faites pour être comprises d’elles-mêmes, de manière immanente, surtout par ceux qui maîtrisent peu ou mal le français ou ont par hasard manqué l’explication.

Vous objecterez qu’ils n’avaient qu’à pas manquer l’explication. Voilà qui est parfaitement raisonné, surtout si durant ce temps, ils sont punis dans le couloir pour avoir osé parler en classe. Circonstance aggravante, ils commentaient la dernière interprétation a capella de « foutacagoule » par la maîtresse, maîtresse qui elle, se laisse fréquemment aller à des épanchements musicaux durant les cours. Sans pour autant tolérer le moindre chuchotement des enfants. Chacun sa place.

Vous avez également été profondément rassérénée par les stimulations sociales prodiguées aux élèves. Il est en effet de bon ton d’encourager ces chères têtes blondes à rire, à fortiori s’il s’agit de se moquer d’un autre élève. Il paraît que ça s’appelle du savoir-vivre, et tant pis si certains, à huit ans, manquent encore cruellement d’humour sur eux-mêmes. L’éducation des parents laisse tellement à désirer, de nos jours.

Vous avez été tout aussi rassurée d’apprendre, lors d’un entretien avec votre gourou l’enseignante (vous en avez eu deux, afin de vous imprégner au maximum de la sagesse et de la compassion inégalables de cet être d’un niveau de conscience supérieur) que contrairement à ce que disent la plupart des manuels d’éducation – on publie vraiment n’importe quoi, aujourd’hui -, il est parfaitement adapté de crier, pardon, de hausser le ton, avec des enfants. Bien évidemment, les motifs de ces cris doivent être légitimes, par exemple, lorsqu’un élève agace l’enseignante, mais l’exercice, pour être sain et conserver tout son impact, doit impérativement être répété quotidiennement. Quelques privations collectives (style de récré) complètent ce tableau qui peut certes paraître un peu contraignant de prime abord, mais dont le caractère rigoureux et ascétique contribue grandement à l’élévation morale et intellectuelle des chérubins.

Vous songez qu’il est fort dommage que les sévices corporels aient été ignominieusement bannis des écoles, ou ils auraient agréablement complété le paysage.

14 août, 2008

Des funérailles d’enfer

Classé dans : Et en plus, elle râle — Pétronille @ 18:16

priestatafuneral.jpgCela commence de manière classique : la famille divisée, la branche aînée sur un banc côté droit, la branche cadette sur le banc côté gauche, des salutations du bout des lèvres, des mesquineries à peine déguisées. Et une urne, glorieusement transportée dans un sac en papier, trônant sur un autel dans une grande église aux trois-quarts vide.

D’emblée, on vous prend soin de vous mettre à l’aise, puisque le curé commence par « souhaiter la bienvenue à tous ceux qui ne sont pas comme nous » (les 99% de l’assemblée, donc). C’est tellement délicat de le souligner. Surtout quand on vous a expliqué préalablement qu’une partie de la descendance est née musulmane, a été élevée chez les jésuites, puis convertie au protestantisme par commodité matrimoniale avant de tout laisser choir et que l’autre partie se situe quelque part entre l’athéisme pratiquant et le gnosticisme mystique.

Le curé ânonne son homélie en insistant lourdement sur l’absence de corps avec toute la délicatesse qu’on peut attendre d’un homme de sa charge. Après tout ce n’est pas sa faute si une bande d’impies a bêtement fait incinérer le corps avant la cérémonie religieuse. Les platitudes vides de sens s’enchaînent, à sa décharge il faut reconnaître qu’il est difficile de parler d’une personne que vous ne connaissez ni d’Eve ni d’Adam et sur laquelle vous vous êtes somme toute assez peu renseigné. Sa voix monocorde résonne dans les hauts-parleurs et laisse transparaître un profond ennui, tandis qu’il est fortement absorbé par une activité intense de tripatouillage de ses pouces. Vous êtes à deux doigts de lui prêter un coupe-ongles pour abréger des souffrances que vous devinez extrêmes.

Vous sentez le curé franchement vexé (la notion de tolérance chrétienne encore de beaux jours devant elle) quand il s’étend longuement sur le fait que cette famille de renégats voués aux gémonies, qui n’a même pas voulu de messe proprement dite, n’a pas daigné choisir les textes et lui a laissé le soin de le faire. Vous auriez somme toute préféré entendre un commentaire sur les textes eux-mêmes, voire rien du tout, à moins que cela ne soit un nouveau style d’exégèse biblique tendance renouveau chrétien. Tout cela vous laisse ma foi fort songeuse.

Votre seule consolation est de savoir que la défunte est sans doute déjà trop loin, où qu’elle soit, pour contempler ce gâchis.

Une chose est sûre, quand votre tour sera venu, dans à peu près 350 ans, vous demanderez des funérailles bouddhistes, ou païennes, ou civiles, ou même pas de funérailles du tout. Peu importe, mais pas cette farce. Vous n’aimiez déjà pas les Eglises de tout poil, cette expérience a achevé de vous en dégoûter.

6 juin, 2008

Un avant-goût de troisième âge

Classé dans : Et en plus, elle râle,Paroles de schtroumpfs — Pétronille @ 20:11

manny2.jpgIl y avait les pré-adolescents, voilà maintenant les pré-sénescents. Hé oui, depuis que vous avez péniblement franchi la dizaine qui vous classe inexorablement dans la catégorie des dinosaures ou à la rigueur des mammouths laineux, vous devez admettre que l’écart entre les jeunes cerveaux bouillonnants de votre progéniture et vos pauvres neurones sur le déclin se fait terriblement sentir. Aujourd’hui, par exemple, tandis que votre matière grise hoquette et faillit à se rappeler les trois choses essentielles que vous devez absolument acheter avant de rentrer (ce qui fait que vous arrivez chez vous avec trois articles totalement différents et que les magasins sont fermés quand vous réalisez votre méprise), Darwin envisage le futur avec ambition :

- « Quand je serai grand, j’inventerai des machines qu’on posera sur tous les toits et qui absorberont la pollution. Et quand elles seront pleines, je regarderai dedans et j’inventerai comment dépolluer la pollution, et après on aura des machines qui transformeront toutes seules la pollution en air pur.  Après ça j’inventerai des voitures qui roulent à la pollution et qui rejettent de l’air pur.  (Pause). Sauf qu’après y’aura plus de pollution et que les voitures ne pourront plus fonctionner. »

Voui, le problème est complexe. Rien que l’ampleur de la tâche vous écrase de fatigue et vous rêvez d’un bon bain moussant (totalement non écologique certes, mais puisque votre fils s’apprête à sauver la planète, cela vous exonère sûrement de quelques hectolitres).

C’est alors que Monette s’en mêle. En matière de figure de proue écologique, votre puce qui adore patauger dans un évier rempli d’eau et de mousse (surtout de mousse) sous le prétexte de faire la vaisselle (vous figurez parmi les rares attardées qui ne possédez pas de lave-vaisselle), tout en expédiant allégrement d’un seul coup un demi-litre de produit – écologique, c’est déjà ça – dans les eaux usées, ne s’en laisse pas conter. Et perçoit immédiatement le créneau marketing qu’on peut tirer d’une telle invention.

- « Moi je décorerai les machines de Darwin, en rose, en bleu, en multicolore, avec des fleurs, des poissons, des papillons… comme ça ce sera joli, sur les toits, plein de couleurs. »

Ouf, vous allez pouvoir vieillir en paix. L’avenir de la planète et votre retraite sont assurés.

11 avril, 2008

Cloche en cubes

Classé dans : Et en plus, elle râle — Pétronille @ 17:58

cassetete.jpgVous avez ramené de vos dernières vacances d’été un casse-tête en bois. Il s’agit de 4 dés possédant des faces de différentes couleurs (rouge, jaune, vert, noir), autant de cubes qu’il s’agit d’arranger dans un écrin en bois de manière à ce que sur chaque face (haut bas, avant, arrière) apparaissent les 4 couleurs. Une petite photo valant mieux qu’un long discours confus, voyez l’engin par vous même.

Facile et amusant, avez-vous pensé. Et de tranquillement disposer le petit jeu dans vos lieux d’aisance, histoire de stimuler occasionnellement vos méninges et pourquoi pas celles des invités curieux.

Seulement voilà, vous n’êtes jamais arrivée à résoudre ce défi. Il faut dire que vous n’êtes pas d’un naturel très patient et que l’absence de réussite vous agace vite. Manque de chance, le précieux papier contenant la solution a disparu, et vous soupçonnez fortement Monette de l’avoir utilisé pour ses bricolages. Il ne vous reste plus qu’à faire fonctionner votre neurone gauche. Ou le droit, les jours pairs.

Que vous soyez ainsi confrontée à vos limites est certes désagréable, mais vous arrivez à vivre avec. Vous parvenez encore à prendre la chose avec philosophie quand Darwin ressort des toilettes en annonçant tranquillement qu’il a réussi le casse-tête. Bah, un simple coup de bol, la chance du débutant. Vous démontez vicieusement le jeu, essayant de comprendre la logique, le truc, et de réitérer l’exploit. En vain. Vous reposez subrepticement la diabolique chose et la reléguez dans les limbes de votre esprit.

Jusqu’au prochain passage de Darwin, qui râle qu’on lui a défait son casse-tête et qu’il a dû le recommencer. Vous manquez vous étrangler de surprise. Démontez tout et lui demandez de le refaire, là sous vos yeux. Hurlements de protestation du schtroumpf qui ne voit manifestement pas l’intérêt de démonter un jeu si c’est pour le remonter droit derrière.

N’empêche que le lendemain, les cubes se sont mystérieusement remis dans le bon ordre.

Quelque part, c’est franchement vexant.

28 mars, 2008

Erreur de programmation

Classé dans : Et en plus, elle râle — Pétronille @ 21:00

garfieldcoffee.jpgIl y a des jours, vous ne vous sentez vraiment pas à la hauteur. La tâche est trop lourde pour vous, on n’a pas dû vous équiper du bon programme, celui qui permet de faire face avec doigté, zénitude et psychologie à toutes les déclinaisons possibles du scénario mère-seule-avec deux fauves-indomptables, y compris quand vous êtes au bord de l’épuisement nerveux et à court de neurones de rechange.

Prenez le week-end dernier. Darwin s’étant montré insolent, vous le sommez de venir s’excuser. Môssieur, fâché et quelque peu honteux, s’enfuit lâchement et se cogne le pied. Sanglots, arnica, crème, câlin, vous envoyez donc un Darwin boudeur mais consolé à au barbecue-anniversaire d’un copain, sous une pluie battante, avec l’impression qu’il claudique tel un estropié à vie et que les adultes présents, estomaqués, vont immédiatement appeler les services concernés pour dénoncer ce qu’ils perçoivent à tort comme un ignominieux abus de pouvoir maternel.

Pour regonfler votre moral, vous vous promettez de jouer les mères modèles auprès de votre cadette et de passer un merveilleux après-midi de tendresse, de rires et de complicité. Fort joli programme qui tourne vite en eau de boudin. Vous aviez pris le soin de faire cuire quelques œufs destinés à être peints. Monette trouve le jeu moyennement amusant, commence par en casser deux et s’énerve parce qu’elle n’arrive pas à dessiner exactement ce qu’elle souhaite sur le troisième (une lapine déguisée en princesse habitant un château entièrement fait d’oeufs de pâques avec des fleurs autour. Quoi de plus simple à réaliser en effet, surtout pour quelqu’un qui a hérité de vos dons innés en dessin). Bilan : deux oeufs durs vaguement badigeonnés de colle pailletée trônent dans les coquetiers, tandis que votre progéniture décrète que tout ce qu’elle souhaite, c’est regarder un dvd.

Soit. Pendant ce temps, voulant épargner à vos nerfs fragiles une énième rediffusion du raton laveur hystérique qui cherche des chips dans les poubelles, vous faites donc la vaisselle, la lessive, le rangement et toutes ces occupations follement passionnantes à tel point que vous attendez le dimanche avec impatience pour pouvoir vous y livrer avec un abandon frisant l’addiction pathologique.

De retour de son invitation, votre héros miraculé qui ne se souvient même plus qu’il a mal au pied cabriole comme un lapin entre vos quatre murs exigus afin de démontrer grâce à quelle acrobaties il a réussi à se badigeonner de boue de la tête aux pieds. Vous parvenez à l’expédier prendre un bain avant qu’il ne démonte la bibliothèque, et réalisez seulement au moment du repas et que sa sœur et lui viennent d’engloutir en cachette la totalité d’un énorme sachet d’oeufs en chocolat. Vous administrez un verre de lait aux deux gloutons et les envoyez au lit avant qu’ils ne soient totalement malades. Avant de vous traîner jusqu’à votre dodo à vous parce des jours comme ça, vous auriez tout aussi bien fait de ne pas vous lever.

Oui, il y a des moments, vous ne vous sentez vraiment pas à la hauteur.

19 mars, 2008

Une soirée sur la lune

Classé dans : Et en plus, elle râle — Pétronille @ 23:10

judoka.jpgMerveilleux judo. Le jour où vous avez inscrit votre schtroumpf à ce sport béni doit être marqué d’une pierre blanche, car cela vous offre depuis presque deux ans d’innombrables moments de franche rigolade. Le dernier en date concerne la récente cérémonie de remise des ceintures (pour une raison qui vous échappe, mais qui doit certainement être en rapport avec la voie de la sagesse et de la patience dans le tao judo-esque, ou quelque chose du genre, les épreuves de passage de ceinture ont eu lieu début décembre, mais les remises de licence et de ceintures diversement colorées trois mois plus tard). 

En ce début de soirée, vous voilà donc conviés à un apéritif dans une salle d’école surchauffée et grouillant d’enfants courant en tous sens. Ce qu’il y a de bien, au moins, c’est que pour une fois les vôtres ne font pas forcément plus de raffût que les autres. Une fois que vous avez réussi à attraper de haute lutte un verre de quelque chose d’à peu près buvable et trouvé un bout de banc où poser votre imposant derrière, vous soufflez un peu. Pas longtemps hélas, car juste derrière vous une dame est en pleine scène de ménage avec son mari au sujet du sandwich de sa fille, et leurs cris couvrent un bon 10 mètres du vacarme environnant. 

Arrive le moment tant attendu. Evidemment, c’est sans compter le petit discours d’introduction par le président du club, qui nonobstant ses qualités sportives n’a pas la voix qui porte. N’ayant pas jugé utile de se munir d’un micro (certainement pour des raisons financières, comme vous allez le découvrir incessamment), il s’époumone en vain à tenter d’obtenir silence et attention. Vous vous étonnez tout de même que Petit pois, dont la voix fait trembler les murs durant les cours, reste impassible alors qu’un seul de ses toussotements eût suffi à assurer un silence recueilli. Quand enfin, le buffet est épuisé et que les parents agacés ont réussi à calmer un peu leurs rejetons, c’est avec un filet de voix quelque peu éraillée que l’honorable président vous livre le plus édifiant des discours.

Vous apprenez d’abord que votre club de judo préféré a gagné tout plein de médailles, de coupes et d’autres distinctions similaires, surtout grâce à la catégorie « élite plus de 90 kgs » qui a été constituée cette année. Ce qui semble-t-il permet de prouver aux élus communaux qui subventionnent le club qu’ils ont investi judicieusement en permettant le développement des futurs champions de la commune. Bien sûr, c’est faire abstraction de ce que les élites en question proviennent d’autres régions et ne mettent un pied sur ladite commune que pour user les tapis d’entraînement, mais personne ne va s’arrêter à des détails aussi insignifiants. 

D’autant qu’un club, ça coûte très cher, vous explique-t-on droit derrière. Surtout les tatamis, qui s’écartent régulièrement et qu’il faut donc recoudre et changer souvent. Mais ce n’est pas grave, vous rassure-t-on aussitôt, car si les tapis de salle s’usent plus vite qu’avant c’est le signe que vos enfants grandissent et grossissent, et sont donc en bonne santé ! (Effectivement, vous vous disiez aussi que l’entraînement bi-hebdomadaire de ces fameuses élites poids lourds n’avait rien à voir avec l’usure accélérée des tatamis). 

Un tatami, ça coûte donc cher. Un voyage au Japon aussi. Pourtant, ce champion de bravoure qu’est le club de judo ne se laisse pas démonter pour autant par les difficultés financières. Et vous explique qu’il a aussi une fonction sociale, puisqu’il exonère les parents au chômage de la moitié des cotisations et utilise celles des parents qui travaillent pour offrir des voyages au Japon aux judokas défavorisés. Votre voisine de table, divorcée et au chômage depuis deux ans, et qui paie plein pot pour ses deux enfants, a failli s’étrangler avec son bretzel. 

Comme tout orateur avisé qui sait ménager son suspense, le président garde le meilleur pour la fin : le nouveau logo du club. Dans un louable souci d’économie (les tarifs préférentiels avec Japan airlines doivent être difficiles à négocier), il l’a donc dessiné. Tout seul. De ses blanches mains de ceinture noire. De loin, ça ressemble à une banane sur pilotis, ou à une tête de buffle caricaturée qui aurait de très, très grosses cornes. De près aussi, d’ailleurs. D’accord, vu vos dons en dessin vous pourriez vous abstenir de commentaires désobligeants, mais vous, vous n’avez pas la prétention de faire coudre des salsifis stylisés sur la totalité des vêtements de votre entourage. 

Vous repartez avec l’impression de flotter dans un univers parallèle. Finalement, c’était moins cher qu’une séance de ciné, et tout aussi divertissant.

19 février, 2008

¡No pasarán!

Classé dans : Et en plus, elle râle — Pétronille @ 20:56

rsiste.gifLa guerre des bestioles est déclarée. Non, pas les combats acharnés contre les araignées, cafards ou autre délicieuses créatures qui s’invitent parfois dans les maisons, cela vous est pour le moment épargné. C’est bien plus dramatique : après avoir subtilement déjoué une tentative d’élevage de sangsues au printemps dernier, vous êtes entrée de plain-pied dans la résistance aux pressions conjuguées de vos schtroumpfs pour adopter un animal de compagnie. 

Une copine vous a déjà relaté les déboires vécus par le cochon-d’inde, victime de guerre et mort de faim au milieu des hostilités pré-divorce ; le destin tragique des phasmes patiemment observés jour après jour, cajolés, dorlotés, soignés… qui ont terminé leur palpitante existence gazés après une tentative d’évasion de leur terrarium à une heure du matin. Qui aurait soupçonné ces petites bêtes d’être aussi machiavéliques ?  Vous vous êtes émue à l’écoute des malheurs du lapin nain malade offert par la nouvelle compagne de l’ex, qui a mordu et infecté les enfants (un franc succès pour se faire accepter : un mois d’antibiotiques et une cicatrice à vie) et qui a été renvoyé à l’expéditeur avec ultimatum. Et dernier drame, les 3 crevettes roses, si mignonnes dans leur aquarium, dont le cadavre atrocement mutilé a été découvert dans les cris et la douleur flottant un beau soir au milieu des algues, avant de s’apercevoir que oui, ces délicieuses petites bestioles muent, elles aussi*… 

Autant d’anecdotes qui vous laissent fort sceptique quant aux chances de survie d’un animal de compagnie chez vous. Notez ça tombe bien, vous êtes allergique aux poils de chat, c’est lui ou vous. Vous avez sans doute encore quelques années de répit avant que vos schtroumpfs ne tranchent définitivement en faveur du félin. 

D’ailleurs Darwin a son idée sur la question : un hamster, un canari, des poissons, un lapin nain, non, tout ça c’est beaucoup trop courant et peu intéressant. Monsieur hésite entre une mygale et un python, éventuellement un perroquet qui parle, et si possible une langue étrangère, histoire qu’il puisse l’apprendre aussi. Quant à Monette, elle n’en démord pas : elle aura un cheval. Mais comment donc. 

Oui oui, on vous a déjà chanté les louanges éducatifs et pédagogiques d’avoir la responsabilité d’une petite âme sans défense (encore que dans votre répertoire à vous, ni l’étalon ni la mygale et encore moins le python ne peuvent prétendre au titre). Vous ne savez pas bien pourquoi, mais ces chants de sirènes sont nettement moins envoûtants quand ils émanent d’une maman épuisée par les promenades quotidiennes du cocker familial à minuit, ou de telle autre qui vient de changer pour la cinquantième fois tous les poissons tropicaux de son aquarium, rapport à la générosité de sa petite dernière qui persiste à partager avec eux toutes sortes de trouvailles comestibles ou non. Hors de question que vous ajoutiez cette galère à votre vie qui contient déjà un tas de volets pédagogiques absolument palpitants que vous n’avez pas encore totalement explorés.   

Eventuellement, si vraiment vous devez lâcher du lest, vous consentirez l’hiver prochain à fixer une maisonnette à oiseaux sur le marronnier d’en face. S’il le faut. 

* pour les incroyants et autres mécréants qui douteraient encore, voici la preuve scientifique de la résurrection périodique de la crevette :  http://www.jequipemonbac.com/post/2008/01/20/Mue-en-aquarium-dune-crevette-Crystla-Red-Shrimp 

15 février, 2008

Bicarbonate et carte postale

Classé dans : Et en plus, elle râle — Pétronille @ 21:58

fondue.jpgQuoi de plus  agréable, un radieux dimanche d’hiver, qu’une fondue au grand air en contemplant les sapins enneigés ? Attendrie par le regard implorant de votre schtroumpf transformé en cocker, vous cédez et acceptez l’idée d’une fondue à la montagne. (Non, vous ne savez pas faire la fondue. Enfin, vous sauriez probablement si vous vouliez bien essayer, mais étant donné à que le fromage et vous, ça fait deux, vous n’êtes pas outre mesure tentée par l’expérience. Comprenons-nous bien : ce n’est pas que vous ne l’appréciez pas, c’est plutôt lui qui n’est pas tendre avec votre système digestif. Paraîtrait qu’il vous manque une enzyme, encore un défaut de fabrication, un sujet de contentieux supplémentaire vous serez arrivée au bureau suprême des réclamations, en espérant que le produit sera encore sous garantie.) 

Bref, vous arrivez un peu tard, mais enfin c’est congé et tout le monde lézarde sur la terrasse ensoleillée en dégustant des mets plus ou moins appétissants. Vous prenez place, laissez Darwin étudier la carte 2 secondes 3 dixièmes, puis constatez avec un certain effroi que le menu n’affiche pas de pâtes. En effet, non contente de ne pas digérer le lait de vache, vous êtes en outre affublée d’une fille qui n’aime ni le fromage, ni le pain, ni les frites.  Vous osez néanmoins demander s’il est possible de modifier le «steack-frites» en «steack-pâtes». Non, vous rétorque-t-on sèchement, à cette heure-ci, on ne fait plus de pâtes. C’est vrai que les pâtes, c’est coûteux, long et difficile à faire en petite quantité. Consternation. Bravement, Monette déclare du ton d’un condamné à perpétuité qu’elle se dévouera et mangera des frites pour le bien-être gastronomique de son frère. Qui commande donc une fondue pour deux (pendant ce temps, vous fouillez frénétiquement votre sac à la recherche de vos pilules miracles, celles qui vont vous permettre de digérer tout ce lactose sans être malade durant trois jours). 

Arrivent les deux sirops demandés ainsi qu’un bouteille d’eau d’un bon litre. D’accord, vous ressemblez à une outre, surtout en parka, mais tout de même. Vous parvenez à arrêter la serveuse une nanoseconde avant la décapsulation, et demandez plus petit. « Y’a pas » grommelle-t-elle. Philosophe, vous commandez autre chose, et la voyez revenir quelques minutes après avec une petite bouteille…de la même eau que précédemment. Vous saviez avoir franchi une frontière, mais pas qu’il fallait aussi emporter le dictionnaire. 

Un réchaud est ensuite déposé devant un Darwin trépignant d’impatience. Eteint. Précaution fort sage pensez-vous, avec deux enfants plutôt remuants à table. Le seul hic, c’est qu’au moment où arrive la fondue, le réchaud n’est toujours pas allumé. Cela ne semble déranger que vous, puisque vous devez rappeler deux fois le garçon (la serveuse a mystérieusement disparu), lequel consentira à y remédier 9 minutes plus tard (vous avez chronométré). Pour éviter que la fondue ne conglomère davantage, vous suggérez à Darwin  de commencer sans plus tarder et prenez un morceau de pain. Surpriiiiiiiiiise ! Il ne s’agit manifestement pas de pain mais d’une nouvelle espèce de roche dure spongieuse, dont vous hésitez à subtiliser un échantillon pour le faire dater au carbone 14. Troisième rappel des accessoiristes pour le changement de décor.

Hmmm, vous allez enfin pouvoir goûter la fondue qui, entre-temps, a eu l’occasion de se liquéfier à nouveau. Finalement on ne sent pas trop le fromage, dont le goût est masqué par une très forte teneur en alcool. Le sommet est atteint quand Darwin soulève, au bout de sa fourchette, un bout de plastique bleu. 

Finalement, vous ne savez plus trop qui, du lactose, de la route de montagne ou de la colère, est responsable de l’état pitoyable de votre estomac. La prochaine fondue, même improbable, ce sera en plaine et en paquet. 

31 janvier, 2008

Vous avez remarqué ?

Classé dans : Et en plus, elle râle — Pétronille @ 20:45

peaceandlove.jpgAprès trois heures et demie d’enfer dans la voiture, c’est 8 minutes avant d’arriver à destination qu’ils s’endorment comme deux anges. Vous, vous avez la tête qui tourne et une extinction de voix à force d’avoir épuisé votre répertoire de chansons, joué aux devinettes, identifié toutes les plaques minéralogiques, compté le nombre de Peugeot rouges et de Toyota blanches, réglé les disputes, organisé des concours de calcul, longuement débattu de l’intensité de la photosynthèse chez les plantes aquatiques, de la tectonique des plaques et de la vie après la mort, poussé quelques coups de gueule, distribué des ravitaillements et négocié de nombreux arrêts pipi aux endroits les moins appropriés. Notez que ce qui relève du miracle, c’est plutôt que vous arriviez en plus de tout ça à conduire un véhicule à peu près correctement. 

A ce propos, je ne vous apprends rien, mais c’est évidemment juste après avoir re-sanglé tout le monde dans son siège et ôté les douze couches nécessaire pour traverser les 20 mètres séparant un café bien équipé en toilettes de la voiture par un -10 glacial, que les besoins primaires des chères têtes blondes nécessitent un arrêt d’urgence. 

C’est quand il n’y qu’un seul machinchose bleu qu’ils le veulent tous les deux et que c’est la crise assurée dans la magasin/musée/restaurant. Si tous les modèles sont disponibles, ils vont opter sans discussion pour un vert et un jaune. Au moins dans le premier cas, ça vous fait des économies, puisque vous finissez par sévir et repartir sans rien. Autant de gagné pour payer le neuropsychiatre qui devra soigner vos petits nerfs dans…bah, disons six mois ? 

C’est bien sûr quand l’un pose une question que l’autre a subitement une information hyper-méga-top-essentielle à communiquer urgemment à l’assemblée. Qui ne peut pas attendre, là tout de suite, sinon le momentum sera passé. Personne n’étant disposé à céder spontanément son temps de parole, vous devenez un tribunal d’arbitrage à vous toute seule, même que vous envisagez sérieusement une reconversion comme présentatrice dans les débats politiques télévisés en période électorale. Sans compter l’agilité d’esprit qu’il vous faut pour zapper en continu d’un sujet à l’autre, sur des thèmes aussi proches que, au hasard, le dépistage de la trisomie 21 in utero et les primaires des présidentielles américaines, tout en continuant de décortiquer la recette du feuilleté de lapin au fenouil confit. 

C’est sans parler des tentatives pour occuper le temps libre en jouant à un jeu de société, comme une famille bien élevée. Avec une régularité de métronome, l’un commence toujours par choisir un jeu qui ne se joue qu’à deux, provoquant aussitôt une crise chez l’autre (pour une raison inconnue, vous êtes rarement désignée pour le rôle du mort, ce qui est fort dommage car vous, vous ne vous rouleriez pas par terre en hurlant, promis-juré). Une fois le conflit résolu, vous commencez à peine à jouer que la première change les règles et le second crie au scandale ; et si d’aventure vous arrivez à mettre tout le monde d’accord, c’est à la fin du jeu que le perdant fera savoir à l’ensemble des oreilles de l’immeuble à quel point il a l’échec douloureux (si quelqu’un connaît un jeu de société version jacques martin, où tout le monde gagne à la fin, merci de m’indiquer asapissimo les références). 

Et dire qu’il existe des inconscients braves qui ont des familles nombreuses… 

23 janvier, 2008

La vie est pleine de petites surprises

Classé dans : Et en plus, elle râle — Pétronille @ 21:19

jackinthebox.jpg

Vous venez de faire une découverte incroyable. 

Vous avez relaté votre mésaventure dans un bar lisboète à un collègue espagnol, auquel vous avez à tout hasard demandé si le nom du troquet avait une quelconque signification. Il se trouve justement que ledit nom (« Chueca ») est aussi celui du quartier gay de Madrid, et qu’il n’y avait apparemment que des andouilles comme vous pour faire fi d’une invite aussi claire, dixit le collègue entre deux hoquets de fou rire. 

En même temps, on n’a pas tous usé nos fonds de culotte sur les bancs des cafés madrilènes, aussi, hein. Et on ne parle pas tous couramment l’hispano-portugais non plus, que je sache. Si ? Bon, ben vous, vous parlez tamoul. Parfaitement. Non que ce soit particulièrement utile dans les endroits branchés des capitales européennes, mais ça en jette au moins autant que l’espagnol. Et toc. Même que si un exilé sri-lankais s’avisait d’ouvrir une boîte gay… enfin non, rien.   

Bref, ce week-end, vous restez sous la couette, ce sera plus simple. 

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