Le Clafoutis

de Pétronille

25 août, 2008

Un pied dans la tombe

Classé dans : Paroles de schtroumpfs — Pétronille @ 19:59

tajmahal1.jpg« Maman, est-ce que tu pourras m’apprendre à conduire, quand je serai grande…? »

Après une courte réflexion, votre effrontée de fille ajoute : « … et que tu seras vieille ».

Vieille ?  Cet assemblage de lettres ne fait pas partie de votre répertoire. Mais rien ne vous est épargné : voilà que Darwin prend la relève quelque temps après, lors d’un barbecue chez des amis:

« Maman, quand tu seras morte…. »

Rien que le début vous enthousiasme follement. S’il y a un sujet sur lequel vous aimez vous appesantir, c’est bien celui-ci. Vous faites néanmoins l’effort de jouer les mères modèles avec dignité :

«  oui, mon grand ? »

« … tu voudras te faire incinérer ou avoir une jolie tombe décorée avec des roses ? »

Posée ainsi, la question ne laisse guère d’alternative. Vous espérez tout de même avoir encore quelques années pour y réfléchir. Merci mes chéris pour cette vision d’avenir.

20 août, 2008

La mer à boire

Classé dans : Bêtises et autres schtroumpferies — Pétronille @ 8:12

cocktails.jpgVous êtes en vacances. Soleil, mer et inertie intensive font désormais partie de votre bienheureux quotidien. De même que les soirées spectacle du club dans lequel vous étalez votre graisse, point d’orgue de la journée pour votre progéniture qui montre très précocement des  talents innés pour la débauche nocturne. Ce soir, un buffet de cocktails est offert à l’issue de la représentation ; des breuvages pour enfant sont indiqués à un bout de la table, dans de jolis verres ronds, tandis que les nectars alcoolisés sont distribués à l’autre bout, dans des verres plus hauts. Le soleil vous ayant quelque peu ramolli les neurones, vous commettez l’imprudence de laisser vos schtroumpfs chercher seuls leurs boissons dans la foule compacte qui se presse comme à l’ouverture des soldes (et dieu sait que vous souhaitez éviter ça pendant vos vacances).

Horreur, vous voyez Monette émerger de la foule d’estivants assoiffés en avalant goulûment un cocktail à la paille, dans un verre dont la forme révèle clairement une teneur alcoolisée.

Malgré votre vélocité – c’est que vous n’avez encore rien bu, vous – vous arrivez trop tard pour empêcher votre chipie de terminer son verre. Inquiète, vous lui faites aussitôt absorber quantité d’eau plate espérant ainsi diluer l’effet de ce que vous espérez ardemment n’être que de la cédratine ou du muscat. Vous passez Monette au laser de votre regard d’aigle dans l’angoisse d’une réaction, mais mis à part un ventre maintenant noyé de liquide, des yeux brillants et une tendance à rire un peu plus fort que d’habitude, rien d’alarmant ne se produit.

« Je veux aller à la beach party ! » s’époumone votre saoûlarde qui a manifestement l’alcool festif.

Ben voyons. Hors de question, tranchez-vous, en notant l’heure quasiment matinale sur votre montre avant de traîner un Darwin épuisé et une Monette sautillante et papotante jusqu’au bungalow. Là enfin, votre fêtarde s’écroule sur le lit, les bras en croix, et se met aussitôt à ronfler bruyamment. Un vrai cliché.

Le lendemain, la demoiselle s’éveille avec un gémissement :

« Maman, j’ai mal à la têêêêêêête… »

Au petit-déjeuner, quelques personnes viennent s’enquérir de la santé de Monette, et votre merveilleuse descendance peut ainsi expliquer haut et fort à tout le personnel et aux rares clients qui n’étaient pas encore au courant que sa maman lui a donné des médicaments contre le mal de tête dû à l’alcool. Vous êtes définitivement grillée dans cet établissement.

De retour chez vous, vous pensez l’incident clos. C’est mal connaître votre fille. Invitée au restaurant pour un anniversaire familial, Monette explique très sérieusement au serveur qu’il peut lui servir de l’alcool à elle aussi, « parce que j’ai l’habitude, et puis j’aime bien ça ».

Il ne vous reste plus qu’à vous terrer chez vous en espérant éviter un débarquement intempestif des services de protection de l’enfance.

14 août, 2008

Des funérailles d’enfer

Classé dans : Et en plus, elle râle — Pétronille @ 18:16

priestatafuneral.jpgCela commence de manière classique : la famille divisée, la branche aînée sur un banc côté droit, la branche cadette sur le banc côté gauche, des salutations du bout des lèvres, des mesquineries à peine déguisées. Et une urne, glorieusement transportée dans un sac en papier, trônant sur un autel dans une grande église aux trois-quarts vide.

D’emblée, on vous prend soin de vous mettre à l’aise, puisque le curé commence par « souhaiter la bienvenue à tous ceux qui ne sont pas comme nous » (les 99% de l’assemblée, donc). C’est tellement délicat de le souligner. Surtout quand on vous a expliqué préalablement qu’une partie de la descendance est née musulmane, a été élevée chez les jésuites, puis convertie au protestantisme par commodité matrimoniale avant de tout laisser choir et que l’autre partie se situe quelque part entre l’athéisme pratiquant et le gnosticisme mystique.

Le curé ânonne son homélie en insistant lourdement sur l’absence de corps avec toute la délicatesse qu’on peut attendre d’un homme de sa charge. Après tout ce n’est pas sa faute si une bande d’impies a bêtement fait incinérer le corps avant la cérémonie religieuse. Les platitudes vides de sens s’enchaînent, à sa décharge il faut reconnaître qu’il est difficile de parler d’une personne que vous ne connaissez ni d’Eve ni d’Adam et sur laquelle vous vous êtes somme toute assez peu renseigné. Sa voix monocorde résonne dans les hauts-parleurs et laisse transparaître un profond ennui, tandis qu’il est fortement absorbé par une activité intense de tripatouillage de ses pouces. Vous êtes à deux doigts de lui prêter un coupe-ongles pour abréger des souffrances que vous devinez extrêmes.

Vous sentez le curé franchement vexé (la notion de tolérance chrétienne encore de beaux jours devant elle) quand il s’étend longuement sur le fait que cette famille de renégats voués aux gémonies, qui n’a même pas voulu de messe proprement dite, n’a pas daigné choisir les textes et lui a laissé le soin de le faire. Vous auriez somme toute préféré entendre un commentaire sur les textes eux-mêmes, voire rien du tout, à moins que cela ne soit un nouveau style d’exégèse biblique tendance renouveau chrétien. Tout cela vous laisse ma foi fort songeuse.

Votre seule consolation est de savoir que la défunte est sans doute déjà trop loin, où qu’elle soit, pour contempler ce gâchis.

Une chose est sûre, quand votre tour sera venu, dans à peu près 350 ans, vous demanderez des funérailles bouddhistes, ou païennes, ou civiles, ou même pas de funérailles du tout. Peu importe, mais pas cette farce. Vous n’aimiez déjà pas les Eglises de tout poil, cette expérience a achevé de vous en dégoûter.

 

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