Le Clafoutis

de Pétronille

  • Accueil
  • > Archives pour novembre 2007

29 novembre, 2007

Un subtil mélange des genres

Classé dans : Paroles de schtroumpfs — Pétronille @ 21:23

aigle.bmpAttentive à la vie spirituelle de votre progéniture, vous demandez à Darwin comment se passent les cours de catéchisme auxquels il a absolument tenu à s’inscrire (voir ici ).

« Bien », vous répond-il, le nez plongé dans un manga Naruto. 

Certes, voilà qui fait toujours plaisir à entendre. Mais encore ? (décidément, votre curiosité ne connaît pas de limites)

Avec un soupir, Darwin lève la tête de sa lecture et daigne vous expliquer patiemment : 

« On a appris que les aigles peuvent voler à 120 km/heure et qu’ils ont une vue aiguisée qui leur permet de voir à 500 mètres de distance . » 

Ah ? Etrange catéchisme, vos vagues souvenirs de la chose ne recèlent rien d’aussi intéressant. Au fait, pourquoi l’aigle ? (purée, mais faites-la taire) 

« Chais pas », répond Darwin, « mais le type là, parfois il raconte des trucs bizarres ».   

Votre sang ne fait qu’un tour et votre instinct de mère-poule se met aussitôt en branle. Quel type ? Quels trucs bizarres ? 

Un interrogatoire serré digne de l’inspecteur Clouzot vous permet de faire la lumière sur cette sombre affaire. En fait de type, il s’agit du pasteur, qui serait sans doute très heureux de l’appellation. Et les bizarreries ne sont autres que les paraboles et autres légendes bibliques. L’arche de Noé par exemple, qui par un étrange détour dont vous ne vous rappelez pas tous les méandres, permet à votre schtroumpf de vous expliquer pourquoi un serpent orne l’emblème des pharmacies – symbole tout ce qu’il y a de païen.

Vous contemplez le formulaire d’inscription aux répétitions de la saynète pour le culte de Noël en vous demandant s’il vous faudra vous sacrifier et risquez une ultime question sur son souhait de poursuivre le catéchisme après les vacances de fin d’année. 

«Oh oui », répond votre scientifique en herbe, « sauf que j’aimerais mieux des sandwiches au fromage et que pour ma confirmation (dans grosso modo 7 ans, ndlr), je me ferai baptiser bouddhiste. » 

Hum. Finalement, vous ferez aussi bien d’éviter le culte, ou vous risquez d’avoir droit à quelques questions embarrassantes du type aux histoires bizarres. 

27 novembre, 2007

Un dimanche comme on les aime

Classé dans : Bêtises et autres schtroumpferies,Et en plus, elle râle — Pétronille @ 17:56

dimanche.bmpDimanche dernier, vous avez pris votre courage à deux mains, fait taire votre procrastination de la troisième (oui, Shiva, c’est votre second prénom) et avez expliqué aux schtroumpfs l’impérieuse nécessité de faire de la place dans le bazar qui leur sert de chambre s’ils comptent y ajouter deux-trois bricoles que le père Noël, dans sa grande mansuétude, pourrait éventuellement envisager de leur offrir si vos nerfs ne craquent pas d’ici un mois. 

C’est ainsi que vous vous attelez au tri, rangement et écrémage systématique des divers coins à désordre, avec une aide essentiellement morale de Monette et un peu plus concrète de Darwin, sans doute plus enclin à envisager les conséquences fâcheuses de son inertie sur le budget de fin d’année. Vous vous munissez d’un sac poubelle de 60 litres, que vous arrivez sans mal à remplir sous les hurlements de protestations devant l’injustice flagrante que constitue le fait de jeter un puzzle de 12 pièces auquel il en manque 2, un vieux lézard en peluche glâné dans un happy meal en 2005 ou de donner des plots premier âge que vos schtroumpfs n’ont même jamais regardés. 

Vous frisez déjà la perforation de tympans lorsqu’un bruit sourd vous fait sursauter : c’est Darwin qui répand copieusement le contenu de son estomac sur le sol. Vous devez admettre qu’il n’est pas passé loin, le sac poubelle était à moins de 5 centimètres, il s’en est fallu d’un cheveu. Mais non. Vous abandonnez donc les piles de livres à leur sort et mettez à laver Darwin et les habits – séparément, tout de même – avant de nettoyer la chambre. Un vrai bonheur. 

L’odeur et la preuve du délit à peine escamotés, un son strident vous parvient des toilettes : 

« Mamaaaaaaaaaaaaaaaan, j’ai un gros problèèèèèèèèèèèèèèèèèème » 

Vous craignez le pire, et vous êtes manifestement en-dessous de la vérité. De bleu clair, le carrelage des toilettes a carrément viré au brun. Voulant bravement nettoyer la chose elle-même, Monette a cherché dans l’armoire, qu’elle a donc copieusement décorée aussi. Mmmmmmm, on en redemande. Notez, ça tombe bien, vous avez justement une baignoire en cours d’utilisation, il y reste une place au fond à droite. Quant à vous, re-belote pour la corvée de nettoyage, et vous n’avez de loin pas terminé de ranger… 

Bilan : huit heures de tri-rangement-nettoyages divers, une chambre d’enfants jolie et bien rangée (au moins !), 3×60 litres de débarras final, un tapis wc irrécupérable, une pile supplémentaire de lessive, une gastro et et deux angines à streptocoques. Pas mal pour un seul jour. 

21 novembre, 2007

Avec mes dix doigts de pied

Classé dans : Tout et rien — Pétronille @ 21:06

paillasson.jpgPrise d’une frénésie intempestive de bricolage, comme cela vous arrive de manière régulière, vous vous aventurez avec une copine au salon des arts créatifs – une fort modeste foire se tenant dans une ville voisine de la vôtre, hein, rien de comparable avec les grands raoûts parisiens. 

Vous abordez l’endroit sans trop savoir ce que vous comptez y trouver, hormis une sensation de liberté et un salutaire bol d’air agrémenté d’un – très léger – soupçon de culpabilité à l’idée d’avoir pris congé et expédié sans rien dire vos fauves à l’école avec une joie sans mélange. Une fois dans l’antre magique, vous vous sentez un peu comme un enfant devant un sapin de noël garni, avec les yeux qui brillent devant ces mille et une petites choses aguicheuses même si pour la plupart vous ignorez à quoi exactement elles peuvent servir. 

Premier constat : ce n’est pas un salon des arts créatifs, mais un temple du scrapbooking. Oh, vous repérez bien une ou deux mamies qui font de la dentelle, un marchand esseulé vendant des perles, et les éditions Machin qui semblent s’être trompées d’expo, mais c’est tout. Et manque de chance, le scrapbooking, ce n’est pas votre tasse de thé, vous n’y comprenez rien. Vous avez beau parler l’anglais couramment, savoir de prime abord ce qu’on fait avec un chipboard n’est pas de votre ressort, vous avouez ignorer l’usage d’un quickutz (c’est quelle langue, ça ?), vous restez perplexe en entendant une vendeuse indiquer à une dame aux bras déjà chargés que « les brads, c’est par là » (brads hélas ni grands, ni blonds, ni musclés) et l’idée de vous munir de douzaines de perforatrices vous fait davantage penser à de la torture médiévale qu’à une technique de papier. Quant aux tampons encreurs, pourtant d’utilisation enfantine, ils vous laissent songeuse devant les deux douzaines d’encres différentes parmi lesquelles il faut sélectionner la bonne. Bref, vous cherchiez un peu d’inspiration, voire du matériel, pour vos petits bricolages amateur en pâte fimo ? Passez votre chemin, y’a rien à voir.   

Deuxième constat : ce ne sont pas des considérations aussi triviales qui risquent d’entraver votre propension naturelle à dépenser allégrement vos sous dans un tas de gadgets aussi décoratifs qu’inutiles. Vous avez néanmoins fait l’effort méritoire de n’acquérir que des objets dont vous connaissez à la fois le nom et le mode d’emploi.   

Troisième constat : vous êtes venue pour faire du bricolage, vous n’allez pas passer votre journée à comparer les paquets de boutons (d’ailleurs, vous auriez mieux fait d’aller faire la tournée des merceries, parce que les boutons de scrap, pour une raison qui vous échappe, sont plus chers que leurs frères de couture, quoique tout à fait identiques) alors que vos doigts vous démangent. Votre copine repère alors un atelier de peinture sur paillasson qui vous paraît original et récréatif, juste ce qu’il vous faut. Vous vous attablez donc munies d’un paillasson vierge, de chablons et de quelques pots de peinture, et commencez votre œuvre sous les commentaires variés et sans-gêne des passants, dans le plus pur style « je suis la fille de l’homme invisible », même que vous avez failli peindre en rose vif le bras d’une dame qui s’interposait entre votre pinceau et le paillasson de manière fort imp(r)udente. 

Vous repartez contente de vous (oui, il vous en faut peu, mais c’est tout un art que de reconnaître ses limitations artistiques) avec votre chef d’œuvre sous le bras, gavée de bonbons sans avoir dû en partager un seul avec vos schtroumpfs, un sac rempli de décorations diverses et pas la plus infime particule de ce que vous auriez souhaité acheter. 

Maintenant, vous vous demandez ce que vous allez bien pouvoir faire de trois alphabets autocollants de couleurs diverses, de boutons dépareillés, de fleurs en papier, de deux pieuvres miniatures en bois orange et d’attaches en flocons de neige, le tout évidemment absolument pas coordonné

18 novembre, 2007

Esprit, es-tu là ?

Classé dans : Et en plus, elle râle — Pétronille @ 21:17

anges.bmpLes Fêtes approchent, et si certains sentent revivre l’esprit de famille, en ce qui vous concerne ce serait plutôt le temps de la réapparition de votre charmante personnalité de schtroumpf grognon. Car vous détestez cette période de festivités sur commande : si vous pensiez que Noël se faisait sans chichis, que la chaleur des liens familiaux et l’esprit de partage rendaient le décorum inutile, détrompez-vous. Vous avez tout faux. 

Noël, chez vous, cela commence par des rondes de coups de fil pour déterminer la date d’une réunion de famille durant laquelle se discute l’organisation du réveillon de Noël : horaire, composition du repas, identification des responsables de chaque partie du festin, calcul des coûts relatifs, mise en scène des prestations obligées des enfants pour poèmes ou chants, liste de cadeaux, etc etc, qu’à côté la mise sur pied des JO d’hiver c’est de la franche rigolade. 

A la date prévue, réunion au sommet, ce qui présente déjà l’inconvénient de vous faire perdre un dimanche, et en plus vous vous passeriez volontiers de voir la famille au complet version répétition générale un mois avant le jour J. Depuis quelques années, en fait depuis qu’elle a un appartement avec cheminée, le réveillon se fait chez votre sœur, l’âtre semblant être devenu un élément aussi indispensable que le sapin sans lequel il ne serait guère possible de festoyer. Enfin cela ne vous gêne pas plus que cela, d’abord chez vous c’est trop petit, ensuite vous avez moins à ranger, et enfin le fait qu’elle habite un chouïa plus loin que le reste des convives vous permet a) d’arriver plus tard et b) de partir plus tôt, à cause des trajets, des embouteillages et de la fatigue (voire les trois combinés). 

Le menu s’avère toujours source d’intenses négociations. Sous couvert de discussion, votre sœur a généralement déjà concocté le menu qu’elle et son mari souhaitent manger et tente de persuader l’assemblée du bien-fondé de ses choix. C’est malheureusement souvent sans compter les goûts et dégoûts, les allergies alimentaires familiales et votre esprit de contradiction, qu’il convient de ne pas sous-estimer, surtout quand on vous adresse des demandes aussi lumineuses que de confectionner « des truffes au chocolat, mais light » (sans truffes, donc, en avez-vous conclu. Pour le coup, le régime de votre beau-frère n’a pas du tout souffert). Au fond peu vous importe de vous régaler de rumsteack ou de chapon, l’essentiel est qu’on vous fiche la paix. Vous n’avez rien en horreur autant que l’on décide à votre place ce qu’il faut faire et comment. Cette année pourtant, dans une tentative désespérée de faire simple, rapide et sans prise de tête sur un sujet aussi futile, vous avez benoîtement acquiescé à toutes les propositions. Oui, oui, toutes, y compris celle qui vous assigne la réalisation d’un gâteau fort compliqué dont vous n’êtes même pas sûre d’avoir encore la recette, inconsciente que vous êtes.

Vous voilà tranquille pour un bon mois, le temps de vous remettre de vos émotions avant d’attaquer deux jours de festivités consécutives. Vos schtroumpfs et vous comptez de concert les nuits avant le passage du père Noël, mais de toute évidence pas pour les mêmes raisons. Dès demain, vous entamez une cure de magnésium, histoire de renforcer vos petits nerfs surmenés : le bout du tunnel est à 38 jours, le compte à rebours a commencé. 

13 novembre, 2007

Existentialisme nocturne

Classé dans : Paroles de schtroumpfs — Pétronille @ 18:35

sommeil2.bmpVous êtes béatement plongée au milieu d’un magnifique rêve – vous ne vous en souvenez pas, mais vous avez la certitude absolue que c’était bien – lorsque vous êtes réveillée par une sensation de rouleau compresseur sur votre estomac. Dans l’obscurité, vous distinguez vaguement Monette bien réveillée, elle, qui joint le son à l’image : 

« - Dis maman, est-ce qu’en Chine il y a aussi des gens méchants ? » 

A 4h30 du matin, le sujet vous intéresse très moyennement, mais vous faites l’effort suprême de marmonner dans votre barbe que c’est comme partout ailleurs, y’a des gentils et des méchants, avant de vous retourner et tenter de vous rendormir aussi sec. Mais la demoiselle ne l’entend pas de cette oreille et poursuit :

«- Est-ce qu’il y a des chinois qui ont les yeux bleus ? » 

Comme vous ne comptez pas lui expliquer l’origine ethnique ni la situation politique de la minorité ouïghour à cet instant précis, ni vous lancer dans un cours de génétique, vous optez pour un « j’crois pas, non » bien neutre, destiné à clore le sujet. Hélas, c’est mal connaître votre tête de mule. 

« - Mais alors si j’épouse un chinois, je ne pourrai pas avoir des enfants avec les yeux bleus ? Est-ce qu’il faut que mon mari ait les yeux bleus pour que j’aie des bébés aux yeux bleus ? » 

Peu lui chaut que vous soyez à moitié rendormie, la chipie poursuit sans pitié  : 

« - Quand je renaîtrai une nouvelle fois, je me choisirai un papa aux yeux bleus, comme ça je serai sûre d’avoir les yeux bleus. » 

Entre deux phases de sommeil léger, vous notez avec plaisir qu’elle n’a pas pour le moment envisagé de changer de mère (mais ce moment viendra toujours bien assez tôt, vous n’en doutez pas…) et vous interrogez vaguement sur l’origine du concept de réincarnation dans cette petite tête.  Puis la coquine conclut, satisfaite :

« - Et je n’aurai plus qu’à demander au coiffeur de me teindre les cheveux en blond ». 

Sur ce, rassérénée, elle se rendort avec un soupir de contentement. Pour le coup c’est vous qui êtes frappée d’insomnie : pas cinq ans et déjà victime du stéréotype féminin imposé par les médias. 

9 novembre, 2007

Dinosaures dans la brume

Classé dans : Tout et rien — Pétronille @ 22:00

dinos.jpgL’intrépide aventurière que vous êtes a récemment organisé un week-end avec vos schtroumpfs, une amie et ses deux neveux dont les âges correspondent à peu près à ceux de vos explorateurs en herbe. Direction : un parc à dinosaures de l’arc jurassien, sous un soleil éclatant et de splendides couleurs d’automne. Le soir, vous casez tant bien que mal ce petit monde dans un minuscule bungalow, après un repas des plus animés dans le restaurant du camping. Fort heureusement, vous êtes les seuls cinglés à camper en novembre, ce qui limite l’impact des dégâts sonores à vous-même, votre amie et les deux tenanciers du restaurant que vous soupçonnez d’allumer des cierges tournés vers la Mecque pour remercier le ciel que vous ne restiez qu’une seule nuit. 

Ciel ingrat qui malgré cela se venge le dimanche. Vous commencez la journée par une visite complète du parc sous une pluie battante, arborant un look très tendance avec votre sachet plastique sur la tête en guise de capuchon improvisé. C’est évidemment après avoir promis aux paléontologues amateurs d’aller voir le site de fouilles avec de vraies empreintes que vous découvrez que ledit site est fermé. La région étant plus connue pour ses pâturages que pour ses attractions culturelles, vous vous rabattez sur le musée d’une petite ville voisine, musée que vous avez d’ailleurs bien de la peine à dénicher étant donné que les habitants semblent pour la plupart ignorer son existence. 

Un tour de ville-fantôme à pied plus tard, vous poussez la porte d’un petit bâtiment avec quatre fauves surexcités et impatients. S’il n’y a pas l’ombre d’un tibia de tyrannosaure en vue, vous tombez en revanche nez-à-nez avec une exposition de champignons. Monette semble fascinée par une vitrine contenant des espèces hallucinogènes, surtout quand vous lui expliquez que cela signifie que si elle en mange, elle verra des éléphants roses et autres créatures imaginaires. En parfait petit cordon-bleu, elle s’enquiert aussitôt du mode de préparation de ces succulents végétaux. 

La salle suivante est consacrée à l’ADN. Pour éviter une autre course-poursuite dans les couloirs, vous tentez d’expliquer aux deux grands, avec des mots simples, ce qu’est une séquence d’ADN et comment elle se forme, puis passez à la division cellulaire, merci les panneaux 3D plaqués sur les murs. Vous endiguez le flot incessant de questions en improvisant un jeu passionnant consistant à répéter correctement ‘acide désoxyribonucléique’, ce qui laisse à votre cerveau et vos glandes salivaires environ 5 minutes de répit. Vous repérez alors votre fille et son petit camarade de jeux en train de traverser consciencieusement la salle du musée à quatre pattes en miaulant à qui mieux mieux et vous demandez fugacement si les champignons étaient bien sous vitre étanche. Pendant ce temps, votre amie est affalée sur une chaise, pour, dit-elle, ne plus sentir le sol bouger (ces champignons possèdent décidément des propriétés impressionnantes). 

Vous terminez le week-end sur les genoux, arrivant tout juste à vous traîner de la baignoire au lit avec une pensée vaguement émue pour les animateurs du centre aéré qui subissent ce traitement puissance dix tous les mercredis. 

P.S. Vos soirées sont ternes, votre vie est morne et sans relief  ? Prêt contre bons soins de quatre animateurs qualifiés, expérimentés malgré leur jeune âge, son en parfait état de marche et munis de batteries rechargeables quasiment inusables. A la journée, à la semaine, possibilité au mois à discuter. Discrétion garantie. 

7 novembre, 2007

Quand ça va plus, ça va encore

Classé dans : Tout et rien — Pétronille @ 21:26

jeans.bmpComme toute personne en surpoids et en perpétuel régime, vous avez dans votre garde-robe au bas mot trois tailles d’habits. Le fait que vous habitiez un pays comptant officiellement quatre saisons ne facilite ni la gestion du budget vestimentaire, ni le rangement des objets du délit. Heureusement que périodiquement revient la saison du tri, saine activité au moins aussi adipophage que le jogging et qui remplit essentiellement deux objectifs : vous donner bonne conscience, et faire éventuellement de la place pour d’autres vêtements que vous ne mettrez pas non plus. 

Il y a d’abord les habits trop petits. Ils vous serrent, font élégamment ressortir vos bourrelets ou vous en sculptent de supplémentaires en cintrant au mauvais endroit. Qu’importe, vous adorez cette petite jupe, et le fait que votre gras double comprimé forme maintenant une bouée au-dessus de la taille ne doit pas vous décourager. Vous la posez donc sur le tas « à ne porter qu’avec quelques kilos en moins », d’ailleurs chez WW ils disent qu’il faut toujours porter des vêtements serrés, ça incite à moins manger. Proposition jamais vérifiée chez vous, mais sait-on jamais, le déclic pourrait survenir à tout moment et vous ne voudriez surtout pas rater l’occasion faute d’avoir conservé l’élément déclencheur. 

Il y a ensuite les habits trop grands. Sans forme, sans coupe, d’un style rappelant vaguement la période hippie, les fleurs en moins (enfin, jusqu’à cette année…). Au moins, vous êtes à l’aise dedans, même si vous ressemblez à un tonneau posé sur deux piliers gélifiés. Pulls informes, chemisiers jusqu’aux genoux, direct sur la pile « à ne porter que quand y’a pas de miroir ». D’ailleurs, votre psy ne disait-elle pas que pour se sentir bien dans son corps et pouvoir écouter sa faim, il faut éviter de s’engoncer la graisse dans des carcans trop étroits ? Bien que cette brève thérapie ne vous ait pas fait perdre un seul gramme, vous n’oseriez pas jeter aux orties de si sages conseils. Au diable la coquetterie, l’important est que votre masse adipeuse puisse ballotter tout son saoûl en parfaite liberté. 

Il y a aussi les vêtements qui vont (encore). Généralement usés jusqu’à la moëlle, que vous conservez par crainte de ne pas retrouver le même, jusqu’à ce que vous réalisiez – en général lors d’une importante réunion professionnelle – que les manches sont agrémentées de mignons petits ajours irréguliers qui laissent voir la blancheur d’albâtre de vos bras. Vous tentez de vous auto-persuader que ça pourrait être sexy, juste histoire de terminer la réunion sans mourir de honte, après quoi vous sautez dans le premier autobus vous offrir un nouveau pull pour le reste de la journée. 

Il y a enfin ceux dont on vous répète qu’ils vous vont à ravir, mais que vous détestez, genre l’in-dis-pen-sa-ble chemisier bleu marine avec lequel votre mère persiste à garnir votre garde-robe. Cela fait au bas mot vingt ans que vous avez réalisé que cette couleur vous donnait un teint de cuvette de wc et que vous ne la portez jamais, mais vous avez tort, sachez-le, parce que le marine, c’est élégant. Parfaitement. Puisque c’est votre mère qui vous le dit. Ou le pantalon à pinces qui met si adorablement en valeur votre ventre rebondi version montgolfière en manque d’air chaud. Votre conscience vous titillant, vous les laissez sur les cintres qu’ils occupent depuis deux ans et attendrez le prochain arrivage de cadeaux tout aussi seyants pour vous débarrasser subrepticement des anciennes versions. 

Au terme de la séance de tri, vous avez deux tas quasiment équivalents : l’un occupe la moitié de la chambre et vous défie d’arriver à tout caser dans une seule armoire ; l’autre consiste en deux t-shirts datant du pléistocène, une robe si courte que même avec 20 kilos en moins vous n’oseriez plus la porter vu votre âge avancé, un pull avec une tache indélébile et un jeans que vous n’avez pas remis depuis vos 22 ans et pour lequel vous abandonnez (snif) tout espoir. C’est Emmaüs qui va être content. 

4 novembre, 2007

Le sport, c’est dangereux

Classé dans : Et en plus, elle râle — Pétronille @ 22:20

dscn0853edited0001.jpgChez les parents divorcés, le sens des responsabilités paternelles s’exerce parfois sur des choses bizarrement futiles, comme la couleur de la veste d’hiver de votre schtroumpf (beige, qu’il s’obstine à appeler gris) ou la longueur des cheveux de votre fille (trop courts ou trop longs, mais jamais comme il faudrait). Ou encore le casque de judo, un concept novateur méconnu et qu’il serait apparemment urgent de développer. 

Un de ces soirs donc, après une discussion un peu tendue sur l’éducation des enfants – si tant est que vous puissez appeler discussion une séance où il assène son point de vue, mais c’est là un autre débat – pour tenter de détendre l’atmosphère vous évoquez les activités extra-scolaires de votre progéniture, sujet que dans votre grande naïveté vous jugez à priori sans écueil. Notamment les prochains championnats de judo auxquels Darwin est sommé de convié à participer.  « J’espère que le club leur fournit des casques, c’est dangereux ce sport de combat !» s’exclame son père. 

Vous alliez de pouffer de rire à cette boutade et répliquer que vous envisagiez plutôt l’acquisition d’un masque à oxygène, mais vous retenez juste à temps quand vous réalisez qu’il est on ne peut plus sérieux. Vous tentez de lui expliquer qu’étant donné son âge et son niveau, il y a des probabilités assez élevées que la technique du low-kick latéral rotatif ou de la projection de la jambe par l’arrière suivi de l’étranglement avec une seule jambe (ne vous avisez surtout pas de me demander si l’étranglement s’opère avec la jambe lancée ou avec l’autre), bref, de fortes chances donc que ces honorables prises ne soient pas encore tout à fait maîtrisées à la perfection. Voire carrément pas abordées du tout. 

Hélas, votre pragmatisme désabusé est décliné en pure perte, le mâle refusant obstinément  1) de croire que vous puissiez connaître quelque chose au judo, alors que lui a pratiqué vous ne savez plus quel machin au nom vaguement martial et orientalisant consistant à taper plus fort que l’autre  2) que vous puissiez avoir raison en quoi que ce soit  3) d’admettre qu’il vient de se rendre ridicule. 

Vous sentez bien qu’il ne faudrait pas pousser l’argumentaire plus loin, ou il risque avec une parfaite mauvaise foi de vous accuser de négligence pour laisser ce pauvre agneau pratiquer un sport sans être préalablement emballé dans un équipement anti-choc dix-huit couches. Dans le même ordre d’idées et voulant lui éviter une crise de tachycardie, vous n’osez pas lui dire là tout de suite que vous venez d’inscrire les schtroumpfs à deux mois de mercredis de ski (encore que là, ils aient effectivement des casques). 

Mais à la réflexion, l’idée a ses avantages. Vous voyez d’ici votre Darwin dans la salle de concours, arborant le casque de vélo de sa sœur, blanc décoré de nounours et de lettres rouges et jaunes, somme toute parfaitement coordonné au kimono. Evidemment, pour les randori on a fait plus pratique, mais enfin bon, étant donné qu’il y a peu de chances qu’il fasse la une de la gazette régionale avec ses prouesses martiales, il aurait en revanche certainement l’opportunité d’être filmé par la télévision locale s’il se présentait dans un tel accoutrement hors période de carnaval. Et puis, vous vous délectez par avance en imaginant la tête de Monsieur Muscles (entraîneur de son état) devant cette apparition, le même qui avait déjà failli tomber en syncope quand Darwin s’était laissé aller à le saluer d’un très inadéquat « tchô, mec ». 

A la suite de quoi, Darwin pourrait tranquillement abandonner le judo et aller voir s’il reste encore quelques places à l’école du cirque. 

1 novembre, 2007

Le bel âge de la maturité

Classé dans : C'est grave docteur ? — Pétronille @ 23:51

puylaurens.jpgC’est en arrivant au cabinet que vous prenez un premier coup de vieux. Vous répondez négligemment à l’assistante médicale que vos coordonnées n’ont pas changé depuis l’année dernière, quand elle vous fait remarquer d’un air pincé que votre dernière visite remonte à plus de trois ans. Vous adoptez un profil bas et filez tête baissée dans la salle d’attente. 

Ce qui n’a pas changé depuis trois ans, par contre, c’est l’attente. Interminable, d’autant plus que vous devez écouter les jérémiades d’une patiente qui doit manifestement vivre une retraite très active pour être pareillement pressée. Tout en l’écoutant distraitement, vous vous interrogez sur l’existence ou non d’un âge limite pour les consultations gynécologiques. C’est vrai quoi, vous aviez toujours imaginé une époque bénie dans un futur lointain où vous seriez enfin dispensée de ce grand moment annuel de petite humiliation. Vous vous rappelez par la même occasion que votre première consultation a eu lieu il y a 23 ans et accusez un second coup de vieux. 

Quand arrive votre tour, l’aïeule vous fixe, visiblement excédée que, n’ayant évidemment rien à faire de votre vie, vous n’ayez pas au moins la décence de lui céder votre place. C’est que tout se perd ma bonne dame, y compris le respect dû aux aînés. Sans remords aucun, vous lui adressez un sourire perfide avant de disparaître dans le mini-vestiaire. Vous enfilez un peignoir forcément trop petit et pénétrez dans la salle d’examen avec l’enthousiasme et la grâce d’un hippopotame en période de sécheresse.

Après les salutations d’usage, vous êtes diplomatiquement sommée d’expliquer pourquoi cela fait plus de trois ans que vous n’avez pas daigné faire de contrôle. Etrangement vous n’éprouvez pas trop de réticences à brosser un rapide tableau de votre palpitante existence. Il est d’ailleurs curieux de constater que vous arrivez à trouver sympathique une femme qui persiste à vous faire remarquer à chaque rencontre que vous avez encore grossi. Voyons, que vous est-il arrivé depuis trois ans ? Pas grand-chose, juste une séparation difficile, un divorce toujours en cours et non moins houleux, deux changements de travail, un décès, un père qui déprime suite à une maladie des yeux, des kilos en plus et une spécialité made in Darwin, rien de grave mais juste de quoi vous sentir dépassée par les événements. Trois années résumées en moins d’une minute. Alors, vous avez des circonstances atténuantes, conclut le médecin le plus sérieusement du monde.

Là vous êtes scotchée, les bras vous en tombent. Ou plutôt, ils tomberaient s’ils n’étaient pas fermement agrippés à la chaise de torture. Jusqu’ici, personne ne vous a jamais trouvé de circonstances atténuantes pour quoi que ce soit, surtout pas votre mère – persuadée qu’être divorcée avec un job à plein temps et deux enfants constitue le rêve de votre vie et que vous n’avez qu’à l’assumer – et encore moins votre ex, pour qui tout, absolument tout, est de votre faute, de la modification des horaires de bus jusqu’au dégel précoce de la banquise en Antarctique. 

Vous sortez de là toute revigorée. Finalement, vous reviendrez avant l’année prochaine, et au diable les psys. 

 P.S. Ne cherchez pas : la photo n’a absolument rien à voir avec le sujet. Ou peut-être que si.

 

Elvira Story |
toc toc...... y a quelqu'un... |
Rageux attitude |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Gaëlle mon ange
| Fleur de l'adolescence ...
| Marquise des ombres