Le Clafoutis

de Pétronille

11 octobre, 2007

L’école, ça décolle

Classé dans : Et en plus, elle râle — Pétronille @ 22:11

cartable.bmp Voilà deux jours que vous fréquentez assidûment les bancs d’école dès huit heures du soir. Non que vous ayez décidé de vous inscrire à des cours de grec ancien ou de programmation informatique, simplement, en cette période post-rentrée scolaire les convocations pour l’incontournable soirée des parents fleurissent inévitablement.

Vous voilà donc en train d’essayer de caser votre imposant popotin sur l’une des minuscules chaises d’enfant gracieusement mises à disposition. La demi-fesse bien calée, vous ouvrez grand vos esgourdes afin de ne pas perdre une miette de l’édifiant discours des intervenants réunis devant le tas d’ignorants que nous sommes, nous parents d’enfants débutant leur première année d’école*. 

Disons-le d’emblée, rien que la lecture de la convocation vous avait fait frémir : on vous priait de noter que la réunion était ob-li-ga-toi-re, et destinée aux seuls parents, donc débrouillez-vous si vous n’avez pas de conjoint/mère/bonne copine pour faire office de baby-sitter ce soir-là. Même si la salle n’est qu’à demi-pleine – manifestement vous n’avez pas tous le même dictionnaire à la maison – vous trouvez tout de même assez agaçant qu’une mère soit là avec ses deux filles, une autre avec son bébé, et encore plus déplacé le discours de l’inspecteur des écoles venu féliciter les papas venus avec leur femme de se montrer si impliqués dans la vie de leur progéniture. 

Les enseignantes commencent par expliquer la vie à l’école et donner quelques instructions que vous connaissez par cœur**, avant d’aborder le cœur du sujet : le programme. Là, on rassure de suite la mère protectrice que vous êtes : cette année, vous explique-t-on patiemment, on ne va pas surcharger d’apprentissages ces pauvres têtes blondes qui débarquent sur une nouvelle planète, pour ne pas les perturber. Non, on va les sensibiliser, mais surtout, surtout, aucun apprentissage. En tous cas pas l’alphabet, ni compter jusqu’à 20, ciel quelle horreur, vous n’y pensez pas, beaucoup trop complexe. A défaut, ils ont chant choral, voilà qui est réconfortant et leur ouvrira certainement les portes d’une future mouture de Star Academy. Vous n’osez pas trop intervenir, remarquant que vous êtes quasiment la seule à ne pas afficher une mine réjouie. 

Puis vient le tour de l’infirmière scolaire, avec ses conseils sur les poux et les goûters diététiques. Exposition d’un cas pratique d’une rare intensité dramatique par une maman qui explique que si elle donne des chips à son fils, c’est pô sa faute à elle hein, nan c’est parce que lui, il en veut. Longue réponse de l’inspecteur qui indique patiemment à cette pauvre dame égarée qu’elle a le droit, voire plus, de dire non aux caprices de son chérubin, lequel la fait manifestement tourner en bourrique. Vous jetez un oeil inquiet sur le panneau accroché à la porte, mais non, vous ne vous êtes pas trompée, vous êtes bien à la réunion de parents et pas au séminaire « comment poser des limites à mon enfant – techniques de base». 

Vous êtes à peine remise de vos émotions qu’une autre mère courage entre en scène, brandissant le sujet extrêmement délicat des récréations. C’est vrai ça, étant donné le climat quasi-sibérien et les hivers rigoureux de par chez nous, comment ose-t-on forcer ces pauvres petits à sortir au péril de leur santé pendant les pauses, dans la neige, le vent, le froid glacial ? (ici, l’assemblée émue essuie furtivement une larme) Vous n’aviez jamais réalisé à quel point une simple récréation pouvait relever du camp de survie, limite atteinte aux droits de l’enfant, mais en y repensant, c’est vrai que l’état déplorable des habits de Darwin suite aux parties de foot ou de chat perché et autres batailles de boules de neige aurait dû vous mettre la puce à l’oreille. Compatissante, vous êtes toute prête à indiquer à cette brave maman si sensible l’adresse de quelques magasins qui vendent des parkas, tout en vous demandant où elle a bien pu passer les quatre dernières années. 

A l’issue de ce débat productif, vous êtes songeuse, surtout en vous remémorant la première des 13 priorités de l’école publique de votre région, glorieusement intitulée sur le site web officiel : renforcer la cohérence et la qualité du système scolaire (je vous épargne les douze autres, sinon je vais m’énerver). Vous repartez le plus vite possible, avec l’impression bizarre de vous être trompée de film, comme si munie d’un billet pour le dernier Almodovar vous vous retrouviez par mégarde devant le générique de « Winnie l’ourson et l’éfélant ». 

*dans votre cambrousse à vous, Monette commence l’école à 4 ans 

 ** y’en a qui trichent, ayant déjà un aîné dans le circuit 

7 réponses à “L’école, ça décolle”

  1. Maman au secours dit :

    C’est en effet affligeant. Sur une année, ne pas prévoir l’alphabet alors que déjà beaucoup d’enfants le connaissent … Ils vont faire quoi alors?

    Pour les chips, j’ai vu un reportage se déroulant dans le Nord de l’Angleterre: on voyait des mères passant des hamburgers et des frites à leur progéniture à travers les portails de l’école car leurs enfants n’aimaient pas la nourriture de la cantine (tentative infructueuse de l’état d’essayer de limiter l’obésité dans cette région). Mama mia!

  2. Pétronille dit :

    Ben ils vont faire chant choral, donc. Et gym, aussi. Que du bonheur.

    Oui c’est terrible, pour les repas. Encore que je me demande l’intérêt d’inscrire fiston à la cantine si on est là à midi pour lui passer des burgers à travers la grille ? Et les mamans qui travaillent, elles font envoyer les fish’n'chips par DHL ??

  3. Altaïr - Cécile dit :

    Ben quoi c’est bonles fish’n chips :D C’est une des choses que j’ai préféré lors de mes séjours anglais, avec les sconnes, les sandwich du tea time et la cuisine indienne ;)
    Enfin ça à l’air space l’école chez vous…
    Ici à 5 ans ils devrainet savoir écrire une phrase simple, compter au moins jusqu’à 30 et avoir de bonnes notions d’addition et de soustraction…
    en cemoement je révise mes additions…
    4et4 ça fait quoi maman ? Une grosse voiture ? Ben non 8, hé tu t’es trompée…
    Ben oui ma fille j’suis pas matheuse, pas littéraire non plus d’ailleurs… me tarde pas du tout qu’elle apprenne la grammaire…
    Par contre pour le nombre de parents présents on était 5 pour 20 élèves (c’est pas obligatoire en France) et les recommandations diététiques sont faites par voie de bulletin d’info et directement aurpès des gamins…
    « Maman faut pas que je mange trop gras ou trop sucré sinon je vais un gros ventre et des grosses fesses comme toi » tout cela énoncé à travers le machage d’un carré de chocolat… Merci ma fille d’être aussi gentille, un jour je t’expliquerai d’où viennent mes grosses fesses et mon gros ventre et on verra :D

  4. Martine dit :

    Je suis instit en maternelle et ravie d’avoir un tel compte rendu sur les réunions de rentrée … que je vais imprimer pour montrer à mes collègues !
    J’ose espèrer n’avoir pas laisser la même impression à mes parents ! En plus, sans demander une présence obligatoire ( à quoi bon, chacun faisant comme il peut et veut !), j’avais quand même 24 parents présents pour 29 élèves !
    Et au fait , pourquoi l’inspecteur vous honorait-il de sa présence ?
    je dois être rétro, mais moi, j’aime que les enfants quittant la maternelle sachent dire et reconnaitre toutes les lettres de l’alphabet et comptent jusqu’à 30… au minimum !!!

  5. Pétronille dit :

    Cécile, j’ai l’impression que ce qui est space ce coup-ci, ce sont surtout les enseignantes… car quand Darwin est entré en MS: même école, autre maîtresse, autre programme… soupir.
    Sinon les scones, oui miam…avec de la confiture de fraises et de la crème du devon… bon je vais m’arrêter là sinon je vais prendre le kg rien qu’en salivant ;)

    Martine, l’inspecteur se déplace pour les premières rentrées… et je préfèrerais que Monette ait une enseignante « rétro » comme vous plutôt qu’une adepte de la chorale et des bricolages en forme de pomme!

  6. Martine dit :

    Oh la la , il était tard quand j’ai écrit mon message (il me faut bien trouver une excuse ! ) et en le relisant maintenant, je viens de voir une belle faute d’orthographe : n’avoir pas laissé (et non laisser).
    J’ai emmené ton article à l’école et mes collègues ont bien ri . Nous avons pariculièrement apprécié ton style d’écriture et ton humour.

    Sinon, merci pour ton petit mot … et moi, j’aimerais bien avoir plus de parents comme toi. Je me demande si je ne vais pas lire ton article l’année prochaine à ma réunion de rentrée pour détendre un peu l’atmosphère !

  7. Pétronille dit :

    Je serais honorée que mon billet soit lu à une réunion de rentrée ! ;)

Laisser un commentaire

 

Elvira Story |
toc toc...... y a quelqu'un... |
Rageux attitude |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Gaëlle mon ange
| Fleur de l'adolescence ...
| Marquise des ombres