Le Clafoutis

de Pétronille

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28 octobre, 2007

Quand c’est fait maison, c’est meilleur

Classé dans : Bêtises et autres schtroumpferies — Pétronille @ 20:46

chaussure.bmpAujourd’hui, on va parler cuisine bricolage. Plus exactement de la fabrication des chaussures vernies, réclamées à grand cris par votre schtroumpfette et dédaignées par votre aîné pour qui « ça fait fille ». Hé bien je vous livre en primeur une recette de do-it-yourself chaussures vernies, tellement simple que même moi qui suis née avec vingt doigts de pied ou vos petits chérubins encore un brin patauds peuvent s’y mettre sans peine. 

Pour commencer il vous faut : une paire de chaussures, de préférences neuves ou très peu portées, style imitation daim ou cuir, et dont vous venez de mentionner qu’elles auraient bien besoin d’un petit coup d’imperméabilisant. Un volontaire assez âgé pour avoir envie de bien faire et d’aider sa maman occupée à laver les cheveux de sa sœur. Trois bombes aérosol, l’une d’imperméabilisant, l’autre de peinture verte et la troisième de vernis en spray pour bricolage, toutes trois stratégiquement disposées côte-à-côte en haut d’une armoire que vous n’arrivez à atteindre que sur l’extrême pointe des pieds. Ah, et aussi une chaise. 

Réunissez tous les ingrédients dans une seule pièce et laissez mariner 10 minutes, le temps qu’il se dégage une subtile odeur assez insistante pour chatouiller vos narines enivrées de shampoing et de gel douche à la rose. 

Précipitez-vous vers l’origine de l’odeur en prenant bien garde de ne pas trébucher sur la chaise maintenant située devant l’armoire ouverte, et admirez le résultat. Deux chaussures superbement brillantes, poisseuses, collantes à souhait, les lanières velcro engluées de vernis dégoulinant. Hé oui, la bombe d’imperméabilisant, c’était l’autre. 

Pour parachever l’œuvre, et pendant que vous consolez un Darwin furieux et éploré, laissez à votre fille fraîchement lavée le soin d’ajouter aux chaussures de petites décorations, fleurs, chevaux, étoiles et consorts, artistiquement découpées dans du papier cartonné, le vernis faisant office d’adhésif tant sur le support que sur les doigts.   

Servez frais et accompagné d’un bon fou rire. A porter avec une tenue de soirée, ce sera du dernier chic. 

26 octobre, 2007

Les Rambos du judo

Classé dans : Et en plus, elle râle — Pétronille @ 22:24

judo.bmpDepuis un an, Darwin s’essaie au judo. Vous en êtes ravie, voilà un sport parfait pour un individualiste comme votre schtroumpf, pour qui la principale objection au foot ne réside pas dans le ballon mais dans le fait que «si je gagne, je veux gagner seul et si je perds, je veux pas me faire disputer ou que ce soit la faute des autres ». A défaut de développer l’esprit d’équipe, le judo devait au moins le confronter à une certaine forme d’échec et à la nécessité de persévérer, le tout dans une ambiance propice à la maîtrise de soi. Pauvre idéaliste bercée d’illusions que vous êtes. 

Le premier téméraire à tenter d’insuffler l’esprit du judo à votre apprenti samouraï connut un relatif succès, faisant office de figure paternelle et maniant son petit monde d’une main de fer dans un gant de velours. Mais cette année, foin de maternage, c’est à la dure, se plaint Darwin. Vous ne vouliez pas trop y croire, jusqu’à ce que vous assistiez vous-même à la fête. 

Arrivée en milieu de cours, vous tombez nez-à-thorax avec le nouveau prof, une armoire à glace de deux mètres sur deux et une voix à faire recroqueviller les tatamis. Vous vous faites toute petite dans un coin, ce qui étant donné votre gabarit à vous relève d’un exploit au moins digne d’une ceinture verte. Et vous voilà parachutée en plein camp d’entraînement, un tiers des élèves effectuant des appuis faciaux aux quatre coins de la salle tandis que les autres pratiquent par deux dans un silence quasi monastique.  

 «Allez, allez », vocifère le colosse, « on n’est pas des mauviettes ici, on continue, vingt pompes chacun. Et les autres, on ne se laisse pas faire, on se bouge, plaquez-moi ça au sol ! » 

Autant pour l’élévation spirituelle et la force psychique. Vous avez beau regarder autour de vous, vous ne voyez pas de caméras et devez écarter l’idée du tournage d’un documentaire sur le recrutement illicite de mineurs pour les commandos d’élite. 

Démonstration du prochain mouvement. Le géant plaque un ou deux garçons au sol avec son petit doigt, puis explique tranquillement qu’on « desserre le bras avant étouffement de l’adversaire » et que ledit adversaire, s’il n’arrive plus à s’exprimer, doit tapoter gentiment le bras de son tortionnaire pour qu’il lui laisse reprendre un peu d’air. C’est vrai qu’il est plus commode de garder quelques élèves vivants au moins jusqu’au prochain exercice.   

Ceux qui respirent encore après le salut rituel de fin de cours reçoivent un bulletin d’inscription aux championnats régionaux, y compris les débutants:  « Paske faut pas croire », tonne le gorille, « y’a des bons, et y’a des pas bons » (sans blague ? vous n’y auriez pas pensé toute seule). « Et si les pas bons veulent devenir bons, faut qu’ils s’entraînent contre des bons ! » (brillante rhétorique, vous n’auriez pas fait mieux). « Alors je veux voir tout le monde au championnat, même les pas bons ! » 

Outre l’aspect enrichissement du vocabulaire, vous doutez fort de l’impact de ce genre de discours sur la motivation de votre judoka à vous, qui aurait plutôt tendance à se classer parmi les moyennement bons des pas très bons ou les plutôt bons des pas bons du tout. Mais bon. Vous parvenez à le convaincre de s’inscrire pour la beauté de la chose, même si vous craignez pour son espoir secret que sa participation, même extrêmement brève et limitée à un seul randori, lui vaudra une troisième barrette sur une ceinture qu’il juge désespérément blanche. 

A l’issue du cours, vous vous retenez de lui répéter que Naruto, lui, il persévère, et promettez de considérer d’un œil nouveau sa suggestion de remplacer le judo par des cours de japonais. 

23 octobre, 2007

Petits matins magiques

Classé dans : Tout et rien — Pétronille @ 22:48

cafe2.jpgVous savez, ces moments hors du temps, ces bulles de bonheur et de félicité où l’harmonie le dispute à la gaieté, quand la famille soudée s’attable dans la bonne humeur autour d’un petit déjeuner équilibré. Chez vous, ça donne ça.   

06h00 : un poids sur l’estomac vous réveille. 

06h01 : oui l’armoire est toujours en place, mais votre lit compte maintenant une invitée.   

06h15 : tout en faisant la crêpe, vous essayez de comprendre comment une fillette de 4 ans et demi profondément endormie (elle) peut occuper la quasi-totalité d’un lit conçu pour deux adultes. 

06h17 : d’autant que si vos souvenirs sont bons, deux adultes fâchés peuvent parfaitement y dormir sans s’effleurer ne fût-ce que d’un poil. 

06h30 : se rappeler d’acheter du beurre et du dentifrice. 

06h35 : et aussi vérifier combien de tickets de cantine il vous reste. 

06h45 : en désespoir de cause, lever avec 15 minutes d’avance sur le réveil. 

07h00 : superbe dérapage contrôlé sur le sol mouillé de la salle de bains afin d’atteindre le réveil avant la 65ème sonnerie. 

07h05 : réveil des fauves. 

07h08 : rugissements synchronisés devant la porte des toilettes pour savoir qui aura le privilège de faire pipi en premier. 

07h10 : dès ce soir, vous vous organiserez et préparerez les habits des schtroumpfs pour le lendemain avant l’heure du coucher. Promis. 

07h12 : de même que les cartables, d’ailleurs. 

07h18 : tentative louable de Darwin de préparer son petit déjeuner tout seul. Explosion de la brique de lait sur le sol de la cuisine. 

07h21 : le carrelage et le pantalon une fois nettoyés, vous relevez Monette qui s’est discrètement recouchée dans votre lit. 

07h23 : Darwin demande que vous lui expliquiez la différence entre une élection à système majoritaire ou proportionnel. Maintenant.

07h25 : indispensable café. Noir. Pas grave, vous avez l’habitude. 

07h30 : insistance de votre loustic qui n’est pas entièrement satisfait des services fournis et estime qu’internet, c’est plus complet. 

07h31: Monette refuse de mettre son pull, rapport à la couleur qui ne s’harmonise pas avec son jeans.

07h32 : comprendre : le pull n’est pas rose. 

07h33 : second café. D’ailleurs, vous ne vous rappelez pas avoir bu le premier. 

07h35 : drame. Darwin ne retrouve pas le stégosaure en plastique qu’il doit absolument prêter à son meilleur copain aujourd’hui même en échange d’un tyrannosaure aux yeux qui clignotent. 

07h40 : appelée à la rescousse, un seul oeil maquillé, vous manquez vous casser une jambe sur un tas d’habits stratégiquement jetés par terre, dans le but de dénicher LE pull de la bonne couleur. 

07h41 : après vérification que vous êtes toujours entière, vous menacez Monette des pires horreurs si elle ne s’habille pas dans les 10 secondes. 

07h44 : Affolée par la perspective de se voir confisquer ses barbies, Monette tire sur votre bras pour vous annoncer qu’elle est enfin vêtue (de rose). Geste qui vous embellit considérablement, vu que vous arborez maintenant une magnifique trace de mascara en travers de la joue. 

07h47 : alors que Monette boit tranquillement son cacao (alléluia), vous vous apercevez que Darwin a retrouvé son dinosaure mais arbore des chaussures dépareillées. 

07h50 : votre progéniture dûment vêtue et arnachée, vous fermez la porte lorsqu’un bruit vous fait sursauter. La poubelle gît éventrée dans l’escalier, Darwin ayant confondu sac à ordures et ballon de rugby. 

07h51 : le voisin grincheux du 2e se réveille au son doux et mélodieux de votre voix dans la cage d’escalier. 

07h56 : la séquence nettoyage terminée, vous foncez à l’école, heureusement vous habitez juste à côté. 

07h59 : votre schtroumpf distrait réalise devant l’entrée du préau qu’il a oublié ses affaires de piscine. 

08h02 : retour à l’appartement après expédition des fauves en classe. Vous fouillez frénétiquement l’armoire et le tas d’habits sur le sol et jetez pêle-mêle dans un sac ce qui vous tombe sous la main. 

08h06 : hors d’haleine dans le vestiaire de l’école. Votre schtroumpf grognon proteste qu’il est exclu qu’il aille à la piscine avec une serviette de bain rose pâle. Vous vous retenez de le bâillonner avec, ça ferait mauvais genre devant l’enseignante.

08h10 : ouf, vous voilà dans la voiture, prête à débuter une reposante journée de travail. Huit heures d’affilée sans catastrophes domestiques, une nespresso à portée de main, de quoi recharger vos batteries avant la soirée. Ce sont vos petits nerfs qui vont être contents. 

21 octobre, 2007

Ah l’amouuuuuuur…

Classé dans : Paroles de schtroumpfs — Pétronille @ 9:58

amour2.bmp Votre loustic rentre de sa première réunion de catéchisme (voir ici)  ébloui, des étoiles dans les yeux. 

Ciel, vous dites-vous aussitôt (avec un certain à propos), ça y est, ils me l’ont converti, il a viré mystique, eu une illumination, est entré en extase religieuse, vous saviez que c’était une âme sensible vous n’auriez pas dû le jeter en pâture à toutes ces tentations intégristes, enfer et damnation. Vous vous sentez tellement coupable que vous êtes prête à aller brûler des cierges, réciter des mea culpa et égrener des rosaires jusqu’à plus soif pour qu’on vous rende votre Darwin original. 

Rassurez-vous, rien d’aussi dramatique ne s’est produit : votre grand cœur d’artichaut est simplement amoureux. 

Vous découvrez à cette occasion la motivation véritable derrière cet engouement suspect pour le catéchisme en dépit d’un rationalisme bien ancré, motivation qui répond au doux prénom de Diane, jolie blonde d’au moins trois ans plus âgée que lui. Il vous avoue d’ailleurs en rougissant qu’il s’est assis à côté d’elle pour le déjeuner, et vous avez de la peine à croire qu’il s’agit bien du même Darwin qui tripote les sangsues à mains nues pour sentir comme ça chatouille et estimait encore récemment que « les filles, c’est trop bête. » 

Alors que votre aîné se pâme et se complaît dans ses émois d’amour romantique, votre benjamine adopte une position nettement plus terre-à-terre. Après vous avoir expliqué pour la 3475ème fois consécutive le déroulement de son futur mariage – lieu, robe, invités, fleurs, pétales de rose, repas et bal, finalement le seul détail encore flou, c’est l’heureux élu – elle vous prévient sans ambages qu’en tous cas, elle aura trois maris. 

Oui, trois. Mais non pas en même temps maman, enfin c’est pas permis, trois époux successifs évidemment. 

Vous scannez rapidement votre cerveau à la recherche de l’origine de cette idée saugrenue. D’accord, votre entourage compte un certain nombre de divorcés, y compris vous-même, mais pas de familles recomposées, ou alors pas encore officiellement. Deux couples homosexuels, trois autres sans enfants, quelques célibataires, des familles soudées, mais aucun remariage, non vraiment vous ne voyez pas d’où une telle idée peut être issue, sauf à prendre trop au pied de la lettre le dernier livre d’école que son frère lui a lu (Les fantômes de mamie Ratus, pour les initiés). 

Vous n’avez même pas le temps de poser la question qu’elle enchaîne, catégorique : 

«  et j’aurai aussi trois filles : une avec J., une avec D. et une avec G. Comme ça », ajoute-t-elle l’air satisfait, « y’aura pas de jaloux ». 

Le premier qui la ramène avec des théories abracadabrantes sur les différences sexuelles dans la gestion du sentiment amoureux est attendu de pied ferme chez vous pour une étude sociologique appliquée. 

17 octobre, 2007

Il est beau le lavabo…

Classé dans : Et en plus, elle râle — Pétronille @ 21:55

peinture3.bmpSi vous voulez mon avis, on sous-estime largement l’utilisation de la baignoire comme espace d’expression créative. 

Vous en avez d’ailleurs fait la douloureuse expérience. Un jour que la maison semble tranquille – trop, voilà qui aurait dû vous alerter – vous découvrez soudain le tiroir de la commode grand ouvert, celui-là même que Monette a la ferme interdiction d’aller explorer. En proie à une prémonition subite, vous vous ruez dans toutes les pièces pour découvrir Monette consciencieusement occupée à re-décorer cet espace vierge qu’est (enfin, était) l’émail de votre baignoire, avec un gros marker rouge indélébile. Des chevaux, des princesses et des prés fleuris égayent à présent la monotonie reposante de votre endroit préféré, celui où vous pouvez, les fauves une fois couchés, enfin profiter d’un moment de détente moussant et parfumé. Aaaaaaaaargh. Vous vous emparez d’une éponge abrasive en espérant que la réputation de ces stylos à écriture permanente soit surfaite, et là vous vous apercevez que votre progéniture a également apposé sa griffe sur le lavabo. Le tout est dûment signé, sait-on jamais, des fois que votre Alzheimer prendrait le dessus et vous ferait oublier le nom de la créatrice de ces impérissables chefs-d’oeuvre. 

Vous avez beau frotter, le cheveu hirsute et écumant de rage, rien n’y fait. Eau de javel, vinaigre, produits détergents les plus variés, tout y passe, mais les traces rougeâtres subsistent, plus tenaces que prévu. Vous êtes presque résolue à laisser le temps et les bains répétés faire leur travail décapant, lorsqu’une copine pigiste vous suggère de tester une toute nouvelle peinture pour baignoires sur laquelle elle doit rédiger un article. 

Armée du produit miracle, d’un beau pinceau tout neuf, de beaucoup de bonne volonté et d’un soupçon de prudence, vous voilà donc à tenter la réfection du lavabo – votre petit chez-vous ne disposant que d’une seule baignoire, vous préférez tester d’abord en petite surface. Bien vous en a pris : malgré un respect scrupuleux des instructions, le résultat est un désastre. Votre lavabo ressemble maintenant à ces bougies plantées dans une bouteille et dont la cire coule artistiquement le long du verre. Hélas, ce qui pourrait encore relever d’une certaine esthétique sur une bouteille de vieux bordeaux ne le fait absolument pas dans votre salle de bains. De plus, cette maudite peinture refuse obstinément de sécher, ce qui non seulement vous oblige à vous laver les dents dans l’évier de la cuisine pendant plus d’une semaine (au lieu des 72 heures promises) mais vous permet encore d’obtenir une rétrospective complète des empreintes digitales de vos schtroumpfs sur à peu près tous les meubles de la maison. 

Vous vous résignez donc à faire appel à un poseur de sanitaires pour vous arranger ça. Lequel s‘esclaffe lourdement à la vision de vos essais infructueux. Entre deux hoquets de fou rire, il vous explique que les peintures émaillées des lavabos sont cuites à plus de 1’000 degrés pour permettre la résistance à l’eau, aux chocs et aux produits détergents, et qu’il voit mal comment on pourrait obtenir le même résultat sans cuisson. Ce qui, vu comme ça, vous paraît assez pertinent à vous aussi, hein, vous n’auriez sûrement pas idée de manger votre soupe de courges dans un bol en céramique non cuite. 

Au final, votre copine risque un procès de la part du fabricant de produit pas du tout du tout content de l’article qu’elle a pondu suite à votre expérience, vos schtroumpfs ont eu le bout des doigts décapés pour faire partir le produit, mais vous, vous avez effectivement gagné un beau lavabo tout neuf, tout blanc, lisse et résistant, aimablement changé sans frais par votre assurance-ménage et un artisan hilare. 

Avis : si quelqu’un doit faire tester un produit pour le four, je voudrais bien changer de cuisinière. 

14 octobre, 2007

Pourquoi vous n’êtes pas entomologiste

Classé dans : Bêtises et autres schtroumpferies — Pétronille @ 20:41

sangsue.bmp En mère soucieuse du développement tant physique que psychique de votre progéniture, vous avez inscrit Darwin à une sortie nature avec un copain. Par un bel après-midi ensoleillé, voilà donc votre schtroumpf lancé dans la forêt avec son kit d’observation des insectes, dix autres aventuriers tout aussi excités et deux animateurs certes qualifiés sur un plan scientifique, mais dont vous ne savez pas trop si, au fond, ils font preuve de courage ou d’inconscience.

A l’heure fatidique du retour, vous attendez sagement, avec d’autres mamans, de voir arriver le minibus sur les chapeaux de roues pour déverser son quota de gamins fatigués et crottés jusqu’aux yeux. Vous écoutez d’une oreille distraite les organisateurs commenter l’après-midi quand tout à coup, voilà qu’un bras plein de boue brandit victorieusement à trois cm de votre nez une boîte-loupe contenant un fond d’eau sale et un gros ver brun foncé d’aspect gluant coulissant baveusement le long des parois. Passées la première frayeur et la pensée non moins horrifiante que quelques cheveux blancs supplémentaires viennent de s’ajouter à votre charme inénarrable, vous réalisez que c’est vous que le sort a désignée heureuse gagnante de la première sangsue domestique, tendrement prénommée Gulue. 

N’osant pas vous débarrasser illico de ce trophée (après tout, vous avez inscrit Darwin à une sortie qui apprend à respecter la nature, et le parking bétonné offre moyennement de possibilités de restitution de la bestiole à son habitat naturel), sous le regard à la fois amusé et soulagé des autres parents et suppliant de votre loustic, vous tolérez la chose dans votre voiture pour autant qu’elle ne sorte pas de sa boîte. Vous vous farcissez le compte-rendu intégral de « naissance, vie et mort de la sangsue » en live durant le trajet, ce qui vous procure la joie d’aborder en détail la question de l’hermaphrodisme (car en plus, cette merveilleuse créature ne peut pas se reproduire comme tout le monde). Une fois arrivés à destination, vous avez l’incommensurable bonheur d’assister en direct à une mise en application du chapitre « mais que peut donc bien manger ce truc-là ? », Darwin grattant méticuleusement le sol afin de dénicher un ver de terre, apparemment un de ses repas préférés. Seul avantage : la vision de la bestiole visqueuse gobant son lombric par un orifice situé à l’extrémité (vision qui n’est pas sans vous rappeler le ver des sables de Dune, en moins gros et plus dégoûtant) redonne un coup de pouce à vos bonnes résolutions et c’est sans effort aucun que vous jeûnez toute la soirée. 

Vous préférez d’ailleurs ne pas savoir ce que devient cette chère Gulue à l’heure du coucher, il vous suffit d’avoir la certitude qu’elle ne squatte pas votre chambre. Ce n’est que le lendemain matin que vous réalisez (votre fille aussi, heureusement) que votre chérubin a dormi avec sa boîte à côté de l’oreiller. Vous protestez vigoureusement contre l’idée que la sangsue pourrait souhaiter elle aussi un petit-déjeuner – après tout, si vous avez sauté un repas, elle peut bien en faire autant – et expédiez tout ce petit monde à l’école, Darwin étant impatient de montrer sa trouvaille à qui voudra. Vous ricanez intérieurement, non que vous soyez mal disposée envers la maîtresse, mais bon, chacun sa croix, et vous voilà momentanément débarrassée du problème, le temps de réfléchir à une solution définitive au cas où personne ne s’en serait chargé entre-temps, machiavélique que vous êtes. 

Horreur, le soir venu vous récupérez un Darwin toujours accompagné de sa mascotte. Après une longue discussion pendant laquelle vous plaidez brillamment la cause de la pauvre sangsue faite pour la liberté mais obligée de vivre à l’étroit dans son tout petit bocal, votre loustic accepte la mort dans l’âme d’aller la remettre dans la nature. Vous écartez fermement l’idée qu’on pourrait la mettre dans le lavabo, voire lui acheter un aquarium, et suggérez l’étang du cimetière près de chez vous, non que vous jugiez l’endroit particulièrement approprié, mais la perspective de remettre toute votre petite troupe dans la voiture et de traverser la ville en pleine heure de pointe pour trouver une gouille adéquate ne vous emballe pas particulièrement. 

C’est ainsi qu’en ce jeudi soir, vous voilà tous les trois solennellement agenouillés autour d’un étang glauque et mal entretenu où nagent des poissons rouges hypertrophiés, pour une émouvante cérémonie d’adieu à Gulue-la-sangsue, sous l’œil désapprobateur de quelques personnes venues fleurir les tombes voisines. RIP. 

11 octobre, 2007

L’école, ça décolle

Classé dans : Et en plus, elle râle — Pétronille @ 22:11

cartable.bmp Voilà deux jours que vous fréquentez assidûment les bancs d’école dès huit heures du soir. Non que vous ayez décidé de vous inscrire à des cours de grec ancien ou de programmation informatique, simplement, en cette période post-rentrée scolaire les convocations pour l’incontournable soirée des parents fleurissent inévitablement.

Vous voilà donc en train d’essayer de caser votre imposant popotin sur l’une des minuscules chaises d’enfant gracieusement mises à disposition. La demi-fesse bien calée, vous ouvrez grand vos esgourdes afin de ne pas perdre une miette de l’édifiant discours des intervenants réunis devant le tas d’ignorants que nous sommes, nous parents d’enfants débutant leur première année d’école*. 

Disons-le d’emblée, rien que la lecture de la convocation vous avait fait frémir : on vous priait de noter que la réunion était ob-li-ga-toi-re, et destinée aux seuls parents, donc débrouillez-vous si vous n’avez pas de conjoint/mère/bonne copine pour faire office de baby-sitter ce soir-là. Même si la salle n’est qu’à demi-pleine – manifestement vous n’avez pas tous le même dictionnaire à la maison – vous trouvez tout de même assez agaçant qu’une mère soit là avec ses deux filles, une autre avec son bébé, et encore plus déplacé le discours de l’inspecteur des écoles venu féliciter les papas venus avec leur femme de se montrer si impliqués dans la vie de leur progéniture. 

Les enseignantes commencent par expliquer la vie à l’école et donner quelques instructions que vous connaissez par cœur**, avant d’aborder le cœur du sujet : le programme. Là, on rassure de suite la mère protectrice que vous êtes : cette année, vous explique-t-on patiemment, on ne va pas surcharger d’apprentissages ces pauvres têtes blondes qui débarquent sur une nouvelle planète, pour ne pas les perturber. Non, on va les sensibiliser, mais surtout, surtout, aucun apprentissage. En tous cas pas l’alphabet, ni compter jusqu’à 20, ciel quelle horreur, vous n’y pensez pas, beaucoup trop complexe. A défaut, ils ont chant choral, voilà qui est réconfortant et leur ouvrira certainement les portes d’une future mouture de Star Academy. Vous n’osez pas trop intervenir, remarquant que vous êtes quasiment la seule à ne pas afficher une mine réjouie. 

Puis vient le tour de l’infirmière scolaire, avec ses conseils sur les poux et les goûters diététiques. Exposition d’un cas pratique d’une rare intensité dramatique par une maman qui explique que si elle donne des chips à son fils, c’est pô sa faute à elle hein, nan c’est parce que lui, il en veut. Longue réponse de l’inspecteur qui indique patiemment à cette pauvre dame égarée qu’elle a le droit, voire plus, de dire non aux caprices de son chérubin, lequel la fait manifestement tourner en bourrique. Vous jetez un oeil inquiet sur le panneau accroché à la porte, mais non, vous ne vous êtes pas trompée, vous êtes bien à la réunion de parents et pas au séminaire « comment poser des limites à mon enfant – techniques de base». 

Vous êtes à peine remise de vos émotions qu’une autre mère courage entre en scène, brandissant le sujet extrêmement délicat des récréations. C’est vrai ça, étant donné le climat quasi-sibérien et les hivers rigoureux de par chez nous, comment ose-t-on forcer ces pauvres petits à sortir au péril de leur santé pendant les pauses, dans la neige, le vent, le froid glacial ? (ici, l’assemblée émue essuie furtivement une larme) Vous n’aviez jamais réalisé à quel point une simple récréation pouvait relever du camp de survie, limite atteinte aux droits de l’enfant, mais en y repensant, c’est vrai que l’état déplorable des habits de Darwin suite aux parties de foot ou de chat perché et autres batailles de boules de neige aurait dû vous mettre la puce à l’oreille. Compatissante, vous êtes toute prête à indiquer à cette brave maman si sensible l’adresse de quelques magasins qui vendent des parkas, tout en vous demandant où elle a bien pu passer les quatre dernières années. 

A l’issue de ce débat productif, vous êtes songeuse, surtout en vous remémorant la première des 13 priorités de l’école publique de votre région, glorieusement intitulée sur le site web officiel : renforcer la cohérence et la qualité du système scolaire (je vous épargne les douze autres, sinon je vais m’énerver). Vous repartez le plus vite possible, avec l’impression bizarre de vous être trompée de film, comme si munie d’un billet pour le dernier Almodovar vous vous retrouviez par mégarde devant le générique de « Winnie l’ourson et l’éfélant ». 

*dans votre cambrousse à vous, Monette commence l’école à 4 ans 

 ** y’en a qui trichent, ayant déjà un aîné dans le circuit 

8 octobre, 2007

Kermesse zen

Classé dans : Paroles de schtroumpfs — Pétronille @ 21:48

bouddha1.bmp Ce week-end, vous vous êtes aventurée hors des sentiers battus, puisque vous avez osé faire une apparition à la fête de paroisse. Oui je sais, ça vous a un petit côté délicieusement vieillot (ou franchement ringard, tout dépend, mais restons positifs), tout à fait comme dans les images d’Epinal. De charmantes vieilles dames aux cheveux blancs vendaient des courges bio de leur jardin et des pots de confitures maison à côté d’un stand de bric-à-brac où d’antiques bouilloires côtoyaient des chauffe-biberons ayant probablement appartenu à Laurence Pernoud ou à sa sœur aînée et des pattes de cuisine crochetées main avec amour dans des tons ravissants (violet et jaune vif, par exemple), le tout sous une douce lumière d’automne.

Vous avez donc erré un moment avec la chair de votre chair au rythme des flonflons d’un orgue à manivelle, dénichant par-ci un livre, par là un billet de tombola – qui a permis à Monette de gagner une boîte de stylos et tampons, de quoi refaire votre décoration murale – tout en prenant l’apéritif. Puis vous avez eu l’occasion de faire connaissance avec le pasteur. Bien qu’habitant le village depuis plus de huit ans, et recevant régulièrement dans votre boîte à lettres des courriers de la paroisse que vous n’avez jamais ouverts, vous vous êtes jusqu’ici fort bien contentée de votre étiquette d’impie vouée au purgatoire. Vous vous efforcez néanmoins d’entretenir une conversation courtoise, jusqu’à l’arrivée inopinée de Darwin qui souhaite apporter sa pierre à l’édifice et déclare à l’assemblée médusée :

- Moi, je suis bouddhiste.

Ah ? Ravie de l’apprendre. Mais encore ? Eh bien il semble que c’est « quand on fait de la méditation zen, qu’on ne tue pas les animaux et qu’on devient très sage » (pour ceux qui n’auraient pas encore bien saisi la signification profonde du bouddhisme). Sur ce sa sœur, solidaire, débarque vous confirmer qu’elle aussi, est « bouddhissette », avant de repartir engloutir une autre poignée de chips. Qu’à cela ne tienne, vous décidez d’inscrire l’aîné au catéchisme, songeant qu’on est toujours plus riche d’avoir entendu au moins une fois dans sa vie une vision alternative des choses.

Voulant tout de même consulter l’intéressé sur le sujet, vous vous mettez à la recherche de Darwin suivie de près par le maître des lieux, un Darwin que vous découvrez fort occupé à ramasser discrètement des dizaines de prospectus éparpillés sur le parvis de l’église, rapport à sa tentative d’escalader le présentoir pour atteindre le haut du porche. Légèrement déstabilisé par cette vision mais ne voulant pas débuter sur un mauvais pied, l’homme d’Eglise entre d’emblée dans le vif du sujet. Intéressé, d’autant que plusieurs copains y vont déjà, Darwin s’enquiert tout de même du sujet des cours. Le pasteur lui explique qu’il ne s’agit pas d’un cours mais qu’ils vont « parler de la composition du monde et de comment on peut y vivre ». Pas décontenancé pour deux sous par cette formule vague et assez maladroite, votre loustic relève avec candeur que « le monde, aux origines, était composé de gaz ». Vous réprimez un fou rire nerveux et tentez de rester zen, finalement vous allez peut-être virer bouddhiste, vous aussi. Conservant tout son flegme (le saint homme), le père tente de lui expliquer qu’ils ne vont pas parler de science. Regard dubitatif de votre schtroumpf, qui décide d’aller vaquer à d’autres occupations (par exemple les 24 derniers exemplaires du Science et Vie Découverte que vous venez d’acquérir pour une bouchée de pain).

La première confrontation de votre scientifique en herbe avec le monde religieux doit avoir lieu dans dix jours, il ne vous reste plus qu’à croiser les doigts pour que le pasteur ne change pas d’avis entre-temps.

 

2 octobre, 2007

Plein régime

Classé dans : Et en plus, elle râle — Pétronille @ 23:14

gateaux.bmp Rentrée oblige, vous avez comme à chaque moment-clé de l’année (Nouvel-an, Pâques, vacances d’été, Halloween, etc.) décrété que le temps était venu de vous (re)mettre au régime. Forte de cette bonne résolution destinée à durer au moins 3 mois semaines jours, vous avez commencé par compulser frénétiquement tous les livres sur le sujet afin de choisir la méthode la plus adaptée. En effet, après avoir essayé à peu près tous les régimes disponibles sur la planète, y compris celui qui clame qu’il faut arrêter de se priver et manger tout ce qu’on souhaite et qui vous a fait prendre vos 5 derniers kilos, vous êtes parvenue à la profonde certitude que n’importe quel régime (sauf le dernier) fonctionne, pourvu qu’on s’y tienne.

Et c’est justement là que le bât blesse. Dans la pléthore de régimes qu’on tente de vous vendre comme ze système infaillible, vous n’avez pas encore trouvé celui qui aura raison de votre esprit tordu, à croire que vous vous ingéniez à défier les concepteurs de méthodes d’amaigrissement en tous genres. Ceci dit, vous êtes plutôt bonne pâte au départ, et même les scientifiques s’accordent à penser que la graisse n’atteint pas les neurones : le fait que vous souffliez comme un bœuf en montant les escaliers n’entame en rien votre capacité de raisonnement. Vous n’avez donc pas besoin qu’une ficelle manucurée à côté de laquelle un haricot fait office de bonhomme michelin vous explique pour la énième fois, devant une assemblée de ménagères attentives, qu’un poisson-vapeur + brocolis est moins calorique qu’un cassoulet toulousain suivi d’une mousse au chocolat. Vous intégrez globalement assez vite qu’un régime sans glucides ne vous permet pas de dévorer 4 tartines de nutella le matin et avez également réussi à déchiffrer les arcanes de la dissociation alimentaire. Vous avez tenté les cures de sureau, les barres protéinées, les soupes aux choux, les monodiètes. Au besoin, vous arrivez même à jongler mentalement avec plusieurs régimes à la fois. Tout cela avec beaucoup de bonne volonté et un relatif succès au début, quand vous trouvez encore l’exercice amusant. 

Le hic, c’est justement que le côté ludique du régime disparaît aussi vite qu’un plat de cacahuètes devant une meute de chimpanzés affamés. Vous avez compris le système, vous savez qu’il marche (d’ailleurs, pour le prouver, vous les avez perdus, ces 5 premiers kilos), votre cerveau réclame d’autres distractions. 

Oh, vous avez aussi tenté des méthodes plus psychologiques, pour essayer de comprendre pourquoi vous teniez plus du sprinteur que du marathonien, pourquoi votre côté (mauvais) joueur s’exprime par la nourriture plutôt que dans les casinos (votre côté rationnel a répondu aussi sec que ça lui coûtait moins cher comme ça), sur les fringues (votre petite voix cynique vous a déjà indiqué que c’est ce qui vous pendait au nez le jour où vous tiendriez réellement un régime jusqu’au bout), voire par le sport (hého ! non mais ça va pas, beaucoup trop fatigant). Vous avez lu un nombre effroyable de théories plus ou moins sensées sur le sujet, d’ailleurs vous arrivez probablement à prendre le contre-pied d’à-peu-près n’importe laquelle, simplement en citant une autre. 

Mais cette année, vous êtes franchement désemparée. Vous n’arrivez pas à dénicher un nouveau concept original à tester, et le système de régime rotatif en changeant de méthode tous les 2-3 jours (pour briser la monotonie) ne donne guère de résultats concluants. Vous faites donc hic et nunc appel à toutes les bonnes volontés pour trouver des solutions inédites… et promettez d’en discuter lors d’un petit resto avec qui veut bien. 

 

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