Le Clafoutis

de Pétronille

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29 septembre, 2007

Dieu, Bush et les poissons

Classé dans : Paroles de schtroumpfs — Pétronille @ 12:55

coelacanthe.bmp  - Maman, vous demande une Monette préoccupée, dis-moi, est-ce que Dieu aime Georges Bush ?

La question, à 7h du matin tapantes, manque vous faire avaler votre café de travers. Tentant d’éviter des complications métaphysiques, vous adoptez une position que vous croyez pragmatique, expliquant que Dieu aime tout le monde mais a aussi le droit d’être fâché lorsque ses ouailles ont le mauvais goût de faire des bêtises (oui oui, les similitudes avec le fonctionnement maternel sont fort curieuses, je vous l’accorde).

Monette acquiesce, pensive, avant d’ajouter : – Mais alors, est-ce que Georges Bush sait, que Dieu est très très fâché contre lui  ?  Pause, puis: – Et s’il sait, pourquoi il n’arrête pas ? (de tuer des gens en Irak, ndlr. Non non, vos enfants ne sont pas du tout politisés).

Voilà qui devient plus ardu. Vous vous empressez de vous faire couler un deuxième espresso en pensant très fort à Georges (l’autre !), le temps de peaufiner une réponse, et vous voilà momentanément tirée d’affaire par l’intervention de Darwin, qui affirme d’une voix décidée :

- De toute façon, Dieu n’existe pas, c’est pour cela que Georges Bush, il s’en fout.

Elémentaire, voyons, comment n’y avez-vous donc pas songé plus tôt. Pour votre part, vous vous seriez volontiers arrêtée là, mais voilà que Darwin enchaîne, imperturbable :
- Dieu, la création du monde, tout ça, c’est n’importe quoi, c’est juste pour que les gens croient que quelqu’un va les punir s’ils font des bêtises. Moi en tous cas, je me demande pourquoi celui qui a écrit la Bible, il a raconté des mensonges, et après tout le monde croit que c’est la vérité.

Vous voilà embarquée précisément dans la conversation que vous auriez préféré éviter. Vous marmonnez vaguement quelque chose sur les métaphores, les textes écrits au second degré et la nécessité de respecter la foi de chacun, tout en méditant la pertinence d’inscrire tout de même vos loustics au catéchisme, tandis que votre grand enchaîne joyeusement, avec ses mots à lui, sur l’aberration d’une création humaine ex-nihilo versus la logique implacable de l’évolution de l’organisme unicellulaire gros comme une poussière qui développe des nageoires, puis sort de l’eau et s’adapte à la vie aérienne, etc etc., le tout sous l’oeil chagrin de votre benjamine qui trouvait sans doute l’explication déiste nettement plus satisfaisante pour ses penchants romantiques.

Le soir, vous avez la joie d’être convoquée à l’école afin d’expliquer pourquoi votre fille raconte qu’à la maison, on va faire pousser des poissons dans des verres d’eau (la notion de temps, comme chacun sait depuis Einstein, étant somme toute très relative) et confirmer que non, vous n’avez pas  récemment fait l’acquisition d’un aquarium chauffé avec lézards amphibiens en sus.

Demain, promis, vous restez couchée. 

26 septembre, 2007

Toubibs, mode d’emploi

Classé dans : C'est grave docteur ? — Pétronille @ 20:35

Vous avez un sentiment tout particulier pour les toubibs. Attention, vous ne songez pas au pédiatre compatissant, celui qui écoute d’une oreille bienveillante, quoique vaguement condescendante, vos interrogations existentielles sur la fréquence du rot de votre bout de chou de 2 mois et demi, ni du modèle familial qui vous connaît depuis vos genoux écorchés et suit tant bien que mal vos pérégrinations morales et physiques depuis trois décennies. Non, vous voulez parler de l’espèce à sous-type pressé que l’on rencontre essentiellement dans un lieu fort fréquenté : les urgences (pédiatriques ou non).

Car il est bien connu que tout problème de santé non gravissime mais qui nécessite tout de même une intervention médicale sans délai se produit soit le soir, soit le week-end, selon l’éternel principe de la tartine de confiture (oui vous savez que ça porte un autre nom dont vous ne vous rappelez pas, mais vous voyez tous de quoi il s’agit). Et là, vous allez forcément rencontrer ces petits hommes verts – pardon, blancs – qui, disons-le tout net, n’ont absolument rien de commun ni avec Georges, trois fois hélas, ni avec une quelconque série tv. 

Le médecin de service d’urgences, il faut le savoir, est légitimement fier de ses années d’études et déteste donc avoir l’impression qu’on fait son boulot à sa place. Il faut le comprendre aussi, il s’est farci huit à dix ans d’études à coups de tonnes de polycopiés à apprendre par cœur, a passé des tas d’examens à QCM subtils sur la biochimie, les os du pied, les types de cellules du foie, la structure moléculaire du tissu adipeux, le nombre de médicaments inscrits au compendium et toutes ces sortes de choses. Quand vous arrivez devant lui, il faut donc à tout prix éviter de lui donner l’impression que sa connaissance approfondie de la physiologie de l’oligodendrocyte à microtubule cytoplasmique ne va pas s’avérer d’une utilité capitale pour, disons, soigner votre cheville foulée. Il en va de sa dignité et de son honneur, et de la pertinence du diagnostic qu’il va poser. 

Si vous y aviez déjà pensé tout seuls, bravo. Il vous  fallu à vous, pauvre cloche, des années pour réaliser cette simple évidence et éviter de vous retrouver dans cette situation ubuesque : 

Vous, fiévreuse et grelottante, après 3h d’attente aux urgences avec votre brioche ventrale de 7 mois : « Bonjour, je viens parce que je crois que j’ai une crise de malaria qui revient et je m’inquiète pour les conséquences sur le bébé…  quels médicaments puis-je prendre pendant la grossesse ? » 

Le médecin, après un examen minutieux d’environ 45 secondes, annonce d’un ton péremptoire :  « Madame, vous avez la grippe. » 

Vous, dubitative : « Euh non, je ne crois pas non, je veux dire, j’ai déjà eu la malaria et… » 

Le toubib, exaspéré: « Si si, vous n’y connaissez rien, je vous dis que vous avez la grippe. D’ailleurs, vous ne pouvez pas avoir la malaria, c’est pas possible. » 

Ah. C’est vrai qu’étant en plein juillet sans l’ombre d’une épidémie de grippe alentour, que vous venez de passer quatre ans dans des pays à paludisme endémique et avez traversé deux malarias à forme récurrente, le risque de paludisme peut sans souci être écarté. Ouf, merci la médecine. 

Comme vous êtes tout de même d’un naturel un peu obtus, vous insistez lourdement pour qu’on fasse une goutte épaisse, histoire qu’on soit bien sûr que ce n’est pas ça. Et c’est là que vous apprenez avec consternation que « ce n’est pas possible, c’est un examen beaucoup trop complexe pour être pratiqué comme ça sur demande ». 

Etes-vous bête. Un examen pratiqué couramment dans à peu près n’importe quel dispensaire de brousse sous-équipé en Afrique relève sûrement d’une technologie de pointe trop compliquée et trop coûteuse pour être galvaudée par une andouille qui ne veut pas admettre qu’elle a simplement la grippe. 

Après insistance et intervention du chef de service qui vous dévisage comme vous étiez la dernière des folles à ne surtout pas contrarier, vous obtenez tout de même l’insigne privilège de faire cet examen réservé à l’élite, qui s’avère – ô surprise – positif. Puis restez plantée là avec votre diagnostic dans les mains et pas l’ombre d’une indication quant à ce que vous pouvez bien prendre ou non étant donné votre état baleinesque. Finalement vous rentrez chez vous avaler deux paracétamol, ce que vous auriez tout aussi bien pu faire sans vous coltiner une demi-journée d’attente et un discours kafkaïen. Vos passages aux urgences sont décidément des puits de connaissance, vous en ressortez plus intelligente à chaque fois. 

22 septembre, 2007

Le tourisme ou l’arithmétique revisitée

Classé dans : Et en plus, elle râle — Pétronille @ 21:03

coin coin J’en suis encore toute retournée. Mes schémas mentaux en ont pris en coup, là, toutes les bases de mon éducation se sont effondrées. 

Depuis la plus tendre enfance, on nous apprend donc des choses fausses. Si, si. Tenez, compter, par exemple. Vous avez appris dès votre plus jeune âge que 4, c’est plus grand que 3, et que vous êtes mieux lotis – et votre dentiste aussi, accessoirement – avec un sachet de 4 bonbons qu’avec un demi-sachet de 2. 

Plus tard, lorsque vous avez été jugé à même de comprendre les arcanes de la réalité capitaliste et de la mondialisation, les cours d’économie ont conforté cette opinion. Certes, on vous a inculqué des notions bizarres comme celle du coût marginal qui décroît au fur et à mesure que le nombre d’unité augmente, mais là encore, on partait du postulat que le coût global des unités n est forcément supérieur au coût global des unités n-1. Et votre vie s’est écoulée dans le confort douillet de cette pensée rassurante qu’il existe des choses immuables, l’arithmétique par exemple. 

C’est donc avec une douloureuse stupéfaction que vous avez été soudainement confrontée à la Vérité. Heureusement qu’il y a encore en ce monde des gens qui ont pour mission de vous ouvrir les yeux, de vous faire sortir de la torpeur ronronnante dans laquelle vous vous complaisez depuis trop longtemps. Alors moi, je dis merci, les complexes touristiques et autres « tour opérateurs » avides et rusés. 

En effet, vous avez récemment envisagé un forfait-séjour dans un parc d’attractions que vous réclamait à grands cris votre progéniture. Et là, le couperet est tombé : cela vous coûte, à trois, presque 50% plus cher que si vous étiez quatre. Logique, non ? Dans le monde de Mickey, on aime ce qui est carré, lisse, bien politiquement correct. Pour bénéficier d’une offre intéressante, il faut correspondre à l’idéal de société : papa, maman, et deux enfants, pas un de plus, pas un de moins. Bientôt, ils vont sans doute exiger aussi que les chérubins soient blonds et de sexe différent… 

Essayant d’être futée tendance conciliante, vous suggérez derechef que vous êtes d’accord d’acheter un forfait pour 4, même si vous ne serez que 3. Que nenni, vous rétorque-t-on avec un bel aplomb, si vous achetez pour quatre et venez à trois, on vous sur-taxe pour sous-occupation. C’est vrai que vous n’aviez jamais réalisé, jusqu’ici, à quel point trois personnes coûtaient globalement plus cher que quatre. 

D’ailleurs, vos belles certitudes sur les coûts marginaux décroissants s’effondrent elles aussi la minute suivante : tentant l’exercice pour cinq (2 adultes, 3 enfants), vous vous retrouvez avec un devis pas loin de celui pour huit personnes (deux familles idéales version Blanche-Neige). Dame, c’est qu’oncle Picsou, outre un esprit particulièrement étroit en matière de réalités familiales, a manifestement conservé la main haute sur la gestion financière du complexe en question.  Devant cette discrimination notoire, ils vous reste le choix entre embarquer le premier inconnu venu pour compléter votre carré parfait, et aller voir si finalement on n’est pas logé à meilleure enseigne en-dehors du pays des contes de fées. 

Que les économistes retournent à leur copie et marraine la fée à sa baguette, y’a du boulot. Quant à vous, une chose est sûre, on ne vous y reprendra plus. 

21 septembre, 2007

Trou noir, trou de mémoire

Classé dans : Paroles de schtroumpfs — Pétronille @ 20:25

La préoccupation actuelle de Darwin, ce sont les trous noirs. C’est vrai ça, vous ne vous êtes jamais demandés où pouvait bien déboucher la matière qui était happée par un trou noir ? Non ? Vraiment pas ? (moi non plus à vrai dire, mais faut pas le répéter, ça risque de casser mon image). Et puis, on peut poser un tas de questions autour des trous noirs, chouette alors.

Le meilleur moment pour poser des questions, c’est bien connu, c’est le matin au réveil, si possible avant la douche et le café, le soir, pendant la course préparation du repas-douche-vaisselle ou, mieux encore, quand maman est justement au téléphone. Oui, c’est forcément là que maman est le plus réceptive, en tous cas dans l’esprit d’un moins de huit ans.

Trous noirs, disais-je donc. Question darwinienne :

- Maman, où va la matière qui est attirée dans les trous noirs ?

Monette, ne voulant jamais être en reste, en même temps que son frère, bien synchronisés s’il vous plaît (voui, il paraît qu’à 6h45 du matin ça facilite la compréhension) :

- Maman, ça veut dire quoi, mélancolique ?

Moi, un œil et un demi-neurone activés :

- euh… bé…c’est-à-dire… voui… enfin… mmmh…. (d’accord, on a fait plus fort en matière d’élocution distinguée, mais vous auriez répondu quoi, vous, au saut du lit ?)

-Ma-man ! » ( en stéréo, ça achève de réveiller)

Alors qu’en désespoir de cause je fouille frénétiquement ma mémoire à la recherche d’un vague lambeau de connaissance sur les trous noirs, ma fille, craignant que sa question ne finisse en queue de comète, se plante devant moi et clame :

- Alors, est ce que les trous noirs peuvent être mélancoliques ?

Si quelqu’un a l’ombre d’une réponse…

18 septembre, 2007

Le cauchemar de cendrillomme

Classé dans : Et en plus, elle râle — Pétronille @ 20:39

C’est la rentrée, et comme tous les étés vos chérubins ont gagné quelques centimètres en hauteur, ainsi qu’en surface de contact avec le sol. En plus de l’achat des incontournables pantoufles, chaussons de gym et autres joyeusetés requises par l’école, vous voilà obligée de vous séparer de quasiment toutes les chaussures fermées d’avant l’été, à moins d’être adepte de la méthode chinoise. Le temps ne se prêtant guère au port prolongé de sandales qui permettent sans trop de dommage de laisser dépasser les orteils de la semelle d’un petit cm, vous voilà de corvée de shopping dans des magasins pris d’assaut, en compagnie de vos deux loustics surexcités et pas franchement emballés par la mission surhumaine qui est la vôtre : dénicher deux paires de chaussures, jugées mettables par les deux parties et à des prix qui n’hypothèquent pas votre budget jusqu’à Noël. 

Pour Monette, cela ne devrait pas présenter trop de difficultés, après tout elle ne fait que du 31 à 4 ans et demi, et les magasins regorgent généralement de chaussures roses, à fleurs ou à coeurs, éventuellement avec une touche décorative de mauve voire des loupiotes dorées qui clignotent sur les semelles. Mais voilà, en ce début d’année scolaire, finies les chaussures d’été, l’automne arrive, place aux… bottes. Fourrées, montantes, à trou-trous, à lacets, tout y est, mais de chaussures, point. C’est vrai qu’un 28 août, les bottes, c’est un must. Tournant comme une hélice, vous finissez par dénicher les tennis et autres chaussures mi-saison derrière un arrivage de moonboots. Vous négociez avec beaucoup de doigté pour écarter le mauvais goût, gérez comme vous pouvez la crise de mamzelle à qui non, vous n’achèterez pas de semelles compensées de 6 cm à son âge, même (et surtout !) si barbie sourit de toutes ses dents dessus, ni de bottines à fourrure fluo, et finissez par tomber d’accord sur des tennis « disney » et des chaussures à lanière roses ornées de trois petites fleurs. Vous esquivez brillamment toutes les tentatives successives pour ajouter subrepticement dans le panier la gamme complète automne-hiver-expédition polaire, tout en couleurs coordonnées (je laisse à votre sagacité le soin de deviner lesquelles), et vous dirigez résolument vers la section garçons. 

Là, stupeur, vous constatez que les chaussures pour garçons s’arrêtent au 34. D’accord, Darwin est grand pour ses sept ans, mais enfin vous n’êtes certainement pas la seule maman d’un garçon chaussant du 36, si ? Peine perdue, il ne reste qu’une solution, le rayon adulte, et tant pis pour votre budget. Vous traînez donc un Darwin furieux « j’veux pas des chaussures de vieux, j’veux des geox », passez outre les écrase-beuses montantes genre militaire, les chaussures de course à pied, les mocassins vernis, et arrivez au bout du rayon sans avoir aperçu quoi que ce soit en dessous du 39, avec quelques rares exceptions en 38-qui-chausse-grand. 

Vous repérez alors une vendeuse occupée à empiler de magnifiques pantoufles en fourrure ornées d’oreilles de lapin (beurk), et lui demandez gentiment où trouver des chaussures en 36, garçon, s’il-vous-plaît-madame.

D’un geste large, la vendeuse vous fait un 360° du magasin en répondant d’un air agacé : « Là ». 

Ha. Mais plus précisément ? Ben plus précisément, y’a pas. Et comment on fait ? Parce que je ne connais personne dont les pieds grandissent subitement de 4 tailles, sur un été. Hé ben apparemment, on fait pas, on va pied nus, ou on achète trop petit, ou trop grand, on bricole ses chaussures soi-même, on prend un modèle pour fille (discrètement, mais pas toujours possible, rapport à la couleur dominante…) ou on les fait importer directement du Japon, par exemple, enfin de n’importe quel pays où les tailles adultes commençent au 29 et s’arrêtent au 38. Trois magasins visités à ce jour, et toujours pas de chaussures garçon, taille 36. Alors moi je dis, soit les fabricants de chaussures n’ont pas d’enfants, soit l’industrie est noyautée par des féministes pures et dures qui se trompent de combat, soit y’a vraiment un créneau commercial à exploiter. Avis aux amateurs. 

15 septembre, 2007

Vive les urgences

Classé dans : C'est grave docteur ? — Pétronille @ 21:00

Ce dimanche soir de printemps, Monette a la brillante idée de sauter du lit superposé et de se faire mal au pied. En mère indigne que vous êtes, vous l’envoyez au lit avec un bisou et l’assurance que « ça ira mieux demain », mais  la chair de votre chair se réveille à 23h en hurlant de douleur. 

Confiant Darwin à votre mère, vous foncez dare-dare aux urgences pédiatriques et je vous passe les détails d’attente interminable, de toubib peu décidé (le genre qui vous demande « vous êtes sûre qu’elle a mal, madame ? » «Non docteur, je pense qu’elle simule pour le plaisir de venir visiter l’hôpital en pleine nuit ») et de service de radiologie débordé. Vous vous retrouvez donc sur le coup des 3h du matin dans la salle des plâtres, avec une Monette au pied fissuré fort peu coopérative et un jeune interne pétri de bonne volonté mais qui doit probablement effectuer sa seconde, voire sa première, garde de nuit (les toubibs- plâtriers dormant la nuit, eux). Quoi qu’il en soit, ce toubib qui ressemble plus au héros de « maman j’ai raté l’avion » qu’à Robert de Niro n’a de toute évidence pas plus l’habitude que vous de plâtrer quoi que ce soit (encore que vous, vous sachiez reboucher les trous dans les murs).

On commence donc par poser une bande toute simple, jusque là pas de problème. Puis il faut ajouter des bandelettes de papier, ce qui s’avère moins facile lorsque Monette décide qu’elle est restée immobile assez longtemps, mais ça reste gérable. Vient ensuite le maître d’oeuvre, qui consiste à mouiller des bandes de plâtre pour les fixer ensuite autour de la jambe et du pied afin qu’en se solidifiant elles forment une attelle plâtrée. Et c’est là que les choses se corsent. Monette en a décidément marre, gesticule dans tous les sens, même à deux il est difficile de lui maintenir le pied dans une position qui, de plus, lui fait apparemment mal. Le plâtre est mal posé, il faut tout défaire et recommencer, sauf que le toubib ne retrouve pas l’instrument adéquat pour le couper, le ciseau n’est pas assez puissant, et vous vous retrouvez à asperger le plâtre d’eau chaude en espérant le dissoudre, ambiance garantie.  Puis re-belote, bandage, papier, bandes de plâtre, angoisse soudaine du toubib qui craint d’avoir bandé le mauvais pied. L’exploit terminé, vous vous sentez presque en communion avec le toubib, avec lequel vous venez de remporter au moins l’équivalent d’un triathlon, et Monette a le droit de choisir un joli bandage de couleur – rose, évidemment – pour entourer l’attelle. La salle ressemble à une pataugeoire après une sortie de jardin d’enfants, flaques de plâtre en sus, le sol tellement glissant qu’un peu plus on remettait ça pour votre jambe à vous. Exténué, le cheveu défait et du plâtre jusqu’au nez, le toubib file dans une salle attenante sous prétexte de trouver un sabot de marche à fixer sous l’attelle. Vous n’osez pas imaginer de quoi vous avez l’air, après tout, lui au moins est habillé de blanc. 

Après un moment qui vous paraît extrêmement long, vous décidez d’abandonner Monette sur sa couchette – maintenant qu’elle est plâtrée et un peu calmée  il ne peut plus lui arriver grand-chose – et d’aller voir ce qui se passe. Vous découvrez le toubib dans la remise, fort perplexe, contemplant dans une main un sabot qui conviendrait sans doute à votre voisin de 1m95 et dans l’autre un mignon petit truc de toute évidence destiné à la poupée de votre fille. Saisissant immédiatement l’angoisse de la situation (oui, même passé 3h du matin, votre cerveau fonctionne s’il perçoit que cela l’aidera à regagner plus vite son lit), vous suggérez de jeter un oeil dans les grosso modo 50 cartons qui sont empilés là. Après quelques minutes de fouille frénétique, vous finissez par dénicher quelque chose qui semble adapté à la taille du peton de Monette. Vous retournez auprès de votre progéniture esseulée pour découvrir qu’elle a profité de ce temps de répit pour dérouler entièrement quelques bandages de couleur supplémentaires sur le sol, qui trempent allégrement dans un délicieux mélange plâtre-et-eau, tandis que le médecin réapparaît en brandissant victorieusement le sabot tant convoité.

Et là, étant donné le niveau conjugué d’excitation et de fatigue de votre fille, le voyant « alerte rouge » sur votre quota de patience et l’état nerveux général du médecin – sur lequel vous aimeriez éviter de pratiquer une réanimation d’urgence, tout croquignolet soit-il  - vous choisissez héroïquement d’ignorer le fait qu’il s’agit d’un sabot pour pied gauche alors que vous venez juste de poser – deux fois – un plâtre au pied droit. Après tout, ils sont plats tous les deux, c’est juste la lanière qui se ferme de l’autre côté.

D’ailleurs, vous avez bien fait, parce que le plâtre s’est cassé tout seul après 10 jours, ce qui vous a évité une autre aventure rocambolesque au pays des blouses blanches.

14 septembre, 2007

RH, rengaine habituelle

Classé dans : Tout et rien — Pétronille @ 21:10

Les RH(*), c’est ma tasse de thé. Je la bois toute la journée. C’est une merveille de profession, épanouissante, offrant reconnaissance sociale, contacts humains à tous niveaux, et des possibilités infinies de formation et de nouvelles connaissances, l’âme humaine n’ayant par définition pas de frontières. 

Tenez par exemple, quand vous êtes responsable de personnel, vous conseillez. Généralement vous conseillez des collègues ou des responsables d’autres services qui ne vous écoutent pas, persuadés qu’ils sont de connaître déjà les réponses. Ou certains que les réponses que vous pourrez fournir ne sont pas celles qu’ils souhaitent entendre – les RH, c’est toujours bourré de contraintes administratives iniques – ils décident que c’est plus pratique de ne pas entendre, comme ça on pourra toujours faire semblant qu’on ne savait pas quand on en fera quand même à notre tête. Gratifiant, je vous disais. 

En plus du conseil, vous écoutez. Surtout les collaborateurs, généralement se plaindre de leur potentiel inexploité et de leurs compétences sous-évaluées. De leur salaire aussi, du poste qu’ils ont, de ceux qu’ils ont eus, de ceux qu’ils auraient aimé avoir et du poste que vous leur proposez pour la suite. De la manière dont vous le faites. Ou de celle dont vous ne l’avez pas fait mais dont ils auraient aimé que cela soit fait. De ce que vous avez dit, et pas dit, de ce qu’ils auraient aimé entendre, ou voir tu. Vous êtes toujours trop direct (quand on dit les choses), ou pas assez transparent (quand on tente un brin de diplomatie). 

Parfois, un entretien RH, cela tourne carrément au confessionnal. On sait les peines de cœur, les adultères, les drames personnels ; on écoute raconter les grognes conjugales, les projets de vie à deux, les maladies, les désirs de formation ou de reconversion, les envies de bébé, les histoires d’accouchement, les récits de vacances en famille, le mariage de la cousine et la dernière visite du chat chez le vétérinaire. Les jours de chance, on tombe sur quelqu’un qui a une vraie capacité d’autocritique, de remise en question, sans tomber ni dans le défaitisme ni dans l’arrogance (deux travers trop courants) et celui-là on sait qu’il lui faut juste un petit coup de pouce et qu’il va continuer à regarder plus loin et à avancer, même si au fond ça n’a rien à voir avec nous. Le reste du temps, on a l’impression de se battre contre des moulins à vent, pour faire respecter quelques valeurs et règles simples que tout le monde, collaborateurs et collègues, s’ingénie à essayer de contourner (et c’est fou ce qu’il peut s’avérer ingénieux, le collaborateur, dans ce domaine, c’est curieux comme il y montre bien plus de créativité et de spontanéité que quand il s’agit de réparer la photocopieuse ou d’effectuer une tâche qui ne figure pas dans son cahier des charges). 

Occuper une fonction RH, c’est aussi être bouc émissaire. Quand tout va bien, c’est normal, et quand ça va pas, ben c’est la faute aux RH. Les règlements sont trop compliqués, ils changent trop souvent (en moyenne tous les 10 ans, c’est vrai que c’est dur de s’y faire), les procédures prennent trop de temps, ou alors ce sont les décisions sont prises trop vite (ça, ça arrive rarement, mais je ne sais pas pourquoi, ça reste une excuse pratique). Etre responsable de personnel, c’est endosser de manière quasi-permanente la casquette de « l’Autre », celui qui vous pourrit la vie et qui fait capoter les idées de génie (le fait qu’elles soient incompatibles avec environ 90% des lois et règlements en vigueur étant évidemment tout à fait accessoire). 

Il faut être curieux, pour être responsable de personnel. Curieux des gens, de leur vie, de leur chemin, de voir jusqu’où ils peuvent aller, jusqu’où ils imaginent que vous les laisserez aller. Un brin désabusé aussi, avoir laissé à la porte une bonne partie de ses illusions sur la nature humaine, tout en conservant la petite étincelle qui permet de ne pas tout voir en noir. On ne le dirait pas, comme ça, mais le responsable RH, c’est un équilibriste, un funambule permanent. Le jour où je me recycle, j’irai peut-être tenter ma chance dans un cirque. 

(*) Ressources humaines, pour les rares qui n’auraient pas assez râlé contre pour l’ignorer encore

Commencer en douceur…

Classé dans : Tout et rien — Pétronille @ 21:09

Bonjour, moi c’est Pétronille, frisant la quarantaine (j’ai dit « frisant » !), maman solo travaillant à temps plein et assumant seule l’éducation et le quotidien de sa progéniture. Dans le rôle des schtroumpfs à la langue pendue et à l’esprit jamais à court d’idées saugrenues, il y a Darwin, 7 ans moins quelques dents, et Monette, 4 ans et demi et adepte du pinceau et du rose, comme toute petite fille qui se respecte. 

Au départ, les textes de ce blog n’étaient pas vraiment destinés à être publiés sur le net. Puis est née l’envie de les mettre en page, un peu comme on arrange ses photos dans un album.  La plupart sont nés de mon envie profonde, certains jours, de saisir un engin pétaradant et de tirer sur deux-trois cibles bien choisies afin de déverser ma colère, histoire de rendre le monde plus juste et mon esprit plus zen. Seulement voilà, il paraît que c’est mal vu, et comme je suis une grande fille bien élevée, je ne voudrais pas risquer des ennuis avec les forces de l’ordre. Et puis on ne se refait pas, je suis une non-violente de nature, tout ce sang, ça tache (malgré les pubs, les lessives ne sont pas toujours aussi efficaces que prévu). Si ça ne suffisait pas, j’ai toujours interdit à Darwin d’avoir des jouets d’armes à feu, je dois rester cohérente, sinon je vais perdre ce qui me reste de crédibilité parentale. 

A la place donc, je choisis le stylo. Mais comme je suis résolument paresseuse, je n’aime pas écrire. J’ai essayé, commencé un nombre incalculable de journaux intimes aux couvertures élégantes ou humoristiques, aux pages blanches ou quadrillées, mais rien n’y fait. Ma main trouve ça ennuyeux, d’ailleurs j’ai toujours eu une écriture de cochon, personne n’arrive à me lire (et pourtant je ne suis pas médecin!). Reste le clavier, tellement plus facile à manier pour coucher mes coups de cœur, mes coups de gueule, mes humeurs, mes horizons. Pour me servir de défouloir contre ce que la vie a parfois d’injuste, contre les petites bassesses et les mesquineries, mais pour dire aussi les petits grains de bonheur qui éclatent souvent quand on s’y attend le moins, comme des bulles de savon. Quelques coups de pinceau, esquisses de bout de vie et d’émotions, sans prétention aucune, pour parler pêle-mêle de marmaille, de boulot, de collègues, de colères, de voyages, de projets, de regrets, ou simplement de rien. 

 

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